Nature morte.

photo de l'auteur Mcdonnelliss
Mcdonnelliss
Homme de 25 ans
Paris
C’était un doux matin de mai. Il faisait bon et le soleil commençait à peine à montrer ses premiers rayons. J’avais passé la nuit dans le froid et l’humidité, ici, dans ce buisson où tu m’as trouvée. J’avais le corps encore tout recouvert de perles de rosée. J’étais recroquevillée sur moi-même, me cachant du froid, fuyant l’obscurité. Je ne savais pas d’où je venais. Tout ce que je savais, c’est que je me tenais là quand je t’ai vu pour la première fois. Et que je t’ai trouvé beau, avec tes cheveux en bataille et ta chemise légèrement entrouverte.
Lorsque tu es sorti dans ton jardin pour prendre ton petit déjeuner, tu t’es d’abord assis à ta table, avec ta tasse de café et le journal de la veille. Puis, comme si tu avais entendu un bruit, tu as tourné la tête dans ma direction et tu m’as vue. Après un instant de réflexion, ton regard s’est illuminé et tu as souri. Tu t’es levé et tu t’es approché de moi. Je n’ai pas eu peur. Je sentais la bienveillance dans ton regard. « Tu es magnifique, ma petite » as-tu dit. J’ai rougi. C’était la toute première fois qu’on me complimentait. « Tu as l’air d’avoir froid, je devrais t’emmener à l’intérieur ». C’était vrai, j’avais froid, et j’étais trempée. Avec tout le soin du monde, tu m’as tendu une main, et tu m’as prise, en faisant attention de ne pas te faire griffer par les épines du buisson dans lequel j’étais.
Arrivés à l’intérieur, j’ai tout de suite été saisie par la température qu’il y régnait. Je me sentais vraiment bien. Mais j’ai aussi été éblouie par les peintures qui recouvraient tes murs. Je ne disais rien. J’admirais. Tu m’as donné un grand verre d’eau. Je n’avais pas soif du tout. Mais tu étais très attentionné à mon égard, et cela m’a plu.
« Quelle jolie robe tu as là. Ouvre-la. En attendant, je vais te peindre ». Tu m’as alors laissée seule à ma place, et tu es parti à quelques mètres, toujours dans la même pièce, pour t’installer derrière ton chevalet. Tu as sorti tes pinceaux et tes tubes de peinture, avant d’enlever de ton support ta dernière création que tu as nonchalamment jeté au sol. J’ai pu apercevoir le corps d’une demoiselle que tu avais peint, probablement la veille. Mais qui pouvait-elle bien être ?
En détachant le regard, j’ai alors pu apercevoir l’horreur. Là, juste sous mes yeux, couchées sur la table de ton salon, se tenaient les corps de six autres mignonnes. J’ai pu reconnaître parmi elles celle de l’aquarelle que tu venais de jeter. Elle avait perdu toute sa fermeté, toutes ses couleurs, tous ses pétales. Fanée, morte. C’était donc le sort que tu me réservais ?
Je me suis retournée vers le jardin et, bien que je ne le puisse pas, j’aurais tout fait pour leur crier de ne pas se laisser séduire, de tâcher leur robes, de ne pas se laisser cueillir, de faire les mortes, de ne pas se laisser rougir et de feindre, en sorte.


photo de l'auteur ZazaWe
ZazaWe
Non binaire de 19 ans
Limoges
C'est très beau. Une écriture fluide, assez simple, et pourtant touchante. J'ai beaucoup apprécié la chute, la façon dont tu l'as raconté.
J'ai pensé naïvement, au début, que c'était d'une fille que tu parlais. Puis j'ai compris, et tout a prit un sens !
J'ai passé un agréable moment, alors merci.
Continue d'écrire.

photo de l'auteur Mcdonnelliss
Mcdonnelliss
Homme de 25 ans
Paris
Merci :)
Ton commentaire me fait très plaisir !

photo de l'auteur Robot
Ancien membre
Utilisateur désinscrit
Bonjour Mcdonnelliss,
Merci pour se petit moment d'évasion....
Tu as une très belle manière de t'exprimer, de raconter....
J'ai vraiment adorée ton style et comment tu as élaboré l'histoire d'un geste anodin de la vie.... tu es un vrai poète ....
Au plaisir de te relire

photo de l'auteur Dedale
Dedale
Homme de 23 ans
Strasbourg

14 remerciements
J'aime beaucoup. L'histoire est très fluide et claire. Mon seul reproche, c'est que le récit va trop vite à mon gout, mais c'est davantage une préférence personnelle qu'un défaut d'écriture je pense. Mais l'idée est très belle!

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