une critique qui m'interpelle sur le film Girl

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Etienne54
Non binaire de 64 ans
honnelles

J'avais envie d'aller voir le film avec des craintes, je viens de lire cette critique qui m'interpelle et m'a fait avancer dans mon chemin..

Que pensez-vous de cette critique?

Jade

Non, le film #GIRL de Lukas Dhont n’est ni beau, ni bienveillant, ni ne fera du bien à la communauté trans.

Daphné du Laurier·Vendredi 5 octobre 2018

Tout d’abord parce que c’est un film sur les transidentités, mais où l’acteur qui joue le rôle principal (une adolescente transgenre) est un jeune homme cisgenre.

Ensuite parce que ce film perpétue tous les clichés possibles: sur l’expression de la féminité (le corollaire avec le monde de la danse classique n’est évidemment pas anodin!), la corporalité, la génitalité surtout. Quelle obsession pour les parties génitales! Que de plans face au miroir!

Enfin, parce qu’il est volontairement noir et versé dans le pathos. Le but du réalisateur est évidemment de susciter l’émotion et l’empathie, mais là les ficelles sont tellement énormes que c’est juste un catalogue de toutes les pires horreurs qui peuvent arriver à une personne trans. Alors que statistiquement, nous savons qu’une jeune fille comme Lara (le personnage du film), c’est-à-dire une ado de 15 ans ouvertement trans, aimée et bien entourée par sa famille, bien suivie médicalement, out à l’école, qui a des copines, une vie sociale et qui vit sa passion, n’est pas supposée aller mal. Sauf qu’une jeune fille trans qui va bien, ce n’est pas assez cinématographique. Ce n’est pas assez vendeur.

Avec une scène finale d’une violence insoutenable, on en ressort lessivé.e, choqué.e et avec un arrière-goût de vomi en bouche.

A mes ami.e.s trans: si vous tenez absolument à voir ce film, n’y allez pas seul.e.s. Et si vous n’êtes pas au top de votre forme, n’y allez tout simplement pas.

TransKidsBelgique

Parce qu’il me semblait d’une pertinence rare, j’ai traduit ci-dessous l’excellent article de Mathew Rodriguez, paru sur INTO en anglais: https://www.intomore.com/culture/netflixs-girl-is-another-example-of-trans-trauma-porn-and-should-be-avoided-at-all-costs

[SPOILER : L’article suivant contient plusieurs spoilers du film]

[TW : mutilations corporelles]

Article de Mathew Rodriguez - 4 octobre 2018

Le film GIRL est encore un exemple de « pornographie trans traumatisante » et devrait être évité à tout prix

Je n'ai jamais vu le film The Danish Girl, lauréat d'un Oscar, mais j'ai récemment tweeté ce que je pensais être un résumé de son intrigue: Eddie Redmayne, qui joue le rôle-titre, se regarde beaucoup dans le miroir, soulignant ainsi le gouffre entre son corps tel qu'il est, et son corps tel qu'il pourrait être. Comment l’ai-je su? Parce que lorsque des personnes cisgenres, comme moi, tournent un film sur l’expérience transgenre, le film a souvent le même point de vue cis: c’est une transition entièrement et uniquement physique, pénible, tragique, médicale et lamentable.

C’est ce même esprit, mais ramené au monde de l’adolescence, qui imprègne Girl. Très peu de choses dans Girl pourraient être qualifiées de subtiles. Girl raconte l'histoire d'une jeune fille transgenre, Lara (Victor Polster), qui étudie le ballet dans une prestigieuse école de danse belge, tout en commençant un traitement hormonal de substitution, et en se préparant à une opération de réassignation génitale.

Malheureusement, le film, qui a déjà été récompensé par la Caméra d’Or à Cannes pour le meilleur premier long métrage, n’explore guère la psychologie interne de l’adolescente transgenre, et se concentre beaucoup plus sur son physique. Le film s'inspire de Black Swan et ressemble souvent à un film d'horreur combinant deux parcours: le parcours de la ballerine - une forme irréaliste et idéalisée de beauté féminine - et celui de la jeune fille transgenre.

En termes simples: le film est sanglant et obsédé par les corps trans, ce qui nous rappelle inévitablement que c’est une personne cisgenre qui l'a écrit et réalisé. C’est de la pornographie trans traumatisante et, en tant que cisgenre, j’avertis les personnes transgenres de ne pas le regarder, et les personnes cisgenres de ne pas se faire avoir [par l’histoire, NDLT].

Comme mentionné précédemment, le film inclut plusieurs plans de l’acteur principal du film, Victor Polster, en train de se regarder un miroir, les organes génitaux entièrement visibles. Ces scènes véhiculent une obsession peu ragoûtante, voyeuriste et effrayante du corps de Lara. Plutôt que de se concentrer sur la psychologie de Lara, le film montre scène après scène sa physionomie: elle danse et danse encore, enlève ses chaussures maculées de sang, utilise du ruban adhésif pour camoufler ses parties génitales (il y a environ cinq prises d'elle où on la voit « tucker » son pénis avec du ruban adhésif), elle reçoit des injections d'hormones. Plutôt que de renvoyer de Lara une image positive et réjouissante, le film semble presque vouloir l'humilier et déplorer sa lutte.

La psyché du cinéaste est bien reflétée dans son film, où tout le monde semble être obsédé par le corps de Lara. Son professeur de danse souligne à quel point ses pieds sont grands, et lui dit qu’elle «ne peut pas couper des morceaux» pour changer qui elle est de naissance. Lorsque Lara commence son traitement hormonal, les médecins lui parlent de la vaginoplastie, se concentrant une fois de plus sur la chirurgie et les changements corporels, plutôt que sur elle comme étant une personne à part entière.

Frustrée par les médecins qui lui refusent [vu son âge, 15 ans, NDLT] une opération de réassignation génitale, Lara décide de s’occuper elle-même de sa « transition génitale », ce qui n'a pas beaucoup de sens puisque nous l'avons vue obtenir une explication du fonctionnement d'une vaginoplastie plus tôt dans le film [qui se fait en « retournant » le pénis pour le transformer en néovagin, NDLT]. Mais, malheureusement, dans un film entièrement né de l’esprit d’une personne cisgenre, Lara ne peut que faire avancer sa transition - une fois encore, un processus qui n’est pas uniquement physique - qu’à travers l’automutilation. Soyons francs, et soyez prévenus: Lara appelle une ambulance, prend une paire de ciseaux et se coupe le pénis.

Tout centré que soit le film sur le corps de Lara, il choisit pourtant de présenter un garçon cisgenre en tant que jeune fille transgenre, alors que le film affirme que le personnage est sous bloqueurs d'hormones lui permettant d'éviter une puberté masculine. Le film tente de faire passer Polster, un garçon androgyne, pour une adolescente transgenre. Sauf que... les jeunes filles trans sous bloqueurs de puberté ne ressemblent pas à des garçons féminins ou androgynes ; elles ressemblent à des filles. Lara a commencé à prendre des œstrogènes et elle est frustrée car ses seins n’ont pas encore commencé à pousser. Les hormones affectent pourtant bien plus que les seins, mais le film se concentre uniquement sur les seins et le vagin, qui sont, semblerait-il, les seules choses qui font d’une fille transgenre, une fille “tout court”.

Le réalisateur s’était déjà entretenu avec INTO à propos de son processus de casting «sans distinction de genre», mais le fait que le film ait choisi un garçon cis pour jouer une fille trans n’est pas son seul problème. Le film est entièrement né de l'esprit d'une personne cis et n'utilise que la fascination cis pour les corps trans pour raconter son histoire.

Cela dit, certains moments du film sont percutants et bien écrits. Bien que le film n’ait pas réussi à donner à Lara une psychologie profonde, quelques scènes visent juste, en particulier en ce qui concerne les réactions des autres personnes face à la transidentité de Lara. La relation de Lara avec son père (interprété par Arieh Worthalter) est bien rendue, et est parfaitement représentative de toute relation ado/parent, particulièrement à un moment où tous deux traversent des transitions - son père fait le deuil de sa femme et renoue avec les rencontres amoureuses.

Lara subit plusieurs micro-agressions, de la part d’étrangers comme de ceux qu’elle aime. Elle est confrontée à son prénom de naissance lorsque son frère, âgé de six ans, le prononce pendant une crise de colère, ce qui la tétanise. Elle rappelle à son petit frère que ce n’est pas approprié. Dans une autre scène, une soirée pyjama avec ses copines d’école tourne mal quand ses condisciples la forcent à leur montrer son pénis.

Il ne fait aucun doute que Girl est un film ultimement dangereux. Le regarder pourrait non seulement traumatiser, voire re-traumatiser les personnes trans, mais aussi envoyer un mauvais message sur la transition aux jeunes trans. Et comme toujours, il n’y a aucune raison qu’un film se focalise autant sur le fait de montrer l’auto-mutilation sanglante d’une personne trans, même si c’est pour la voir poursuivre son rêve de devenir une ballerine.

Le contexte du film est tout aussi dangereux que son contenu. Le film a déjà remporté deux prix à Cannes, et sa visibilité sera encore plus large cet automne, car la Belgique l’a soumis à l’Academy of Motion Picture Arts & Sciences en tant que candidature officielle à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Netflix a également acheté le film, le rendant facilement accessible à tout moment pour quiconque utilise la plate-forme de diffusion en continu. Lors de la projection du film au Festival international du Film de Toronto, le public, presque entièrement composé de personnes cisgenres, fut horrifié par certaines de ses scènes gores, mais a finalement été séduit par sa représentation de la transidentité, qui se conforme à la description plate et unidimensionnelle des personnes transgenres par les personnes cisgenres - description que les personnes cisgenres sont habituées à créer, à consommer et à encenser.

Cet éloge du film par les personnes cisgenres pourrait inciter inconsciemment plus de personnes cis à prendre le type de transition présenté par le film pour une expérience universelle, et à enraciner l’idée erronée que la transition ne concerne que le corps d’une personne trans. Et, pire encore, les personnes transgenres pourraient regarder le film et vivre son traumatisme.

Au final, Girl aurait pu être un film très intéressant sur les processus artificiels que les femmes entreprennent pour réaliser un idéal féminin insaisissable et fantasmé - la ballerine - via une adolescente transgenre. Mais le film ne donne pas un aperçu de la psychologie de l'adolescence et se concentre uniquement sur des pieds et des organes génitaux ensanglantés. Les personnes trans méritent un récit qui ose les traiter comme des personnes à la psychologie complexe, et non un récit qui continue de considérer leur corps comme un fardeau à surmonter.



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Lunatic
Homme de 20 ans
Mulhouse

Premièrement, je n'ai pas encore pu voir ce film, cependant, dans la mesure où sont construite ces critiques (et particulièrement la dernière) je les considère comme pertinentes. En effet, ces personnes nous expliquent en quoi ce film peut être négatif et traumatisant, en utilisant des arguments relevant d'un certain, euh, "bon sens" (ces mots pourraient être très mal interprétés, d'où les guillemets) et en développant une pensée qui, bien qu'intrinsèque à leurs personnes, n'en reste pas moins claire et compréhensible.

Cependant, même si, d'après ces critiques, le film se révèle être dangereux du fait qu'il découle du point de vue d'une personne cisgenre sur les personnes transgenre, il ne faut pas se focaliser uniquement sur un seul et unique point de vue (en l'occurence, celui développé dans les critiques). Après tout, le réalisateur a peut-être choisi de faire volontairement (ou pas) ces choix qualifiés de maladroits, pour justement exprimer le fait qu'il s'agit d'une pensée populaire, incomplète et erronée partagée par un (trop) grand nombre de personnes, et que ce film est pour lui un moyen de montrer à quelle point cette pensée est dangereuse, et que la transidentité ne se limite pas justement à ce qu'il a uniquement mis dans son film.

Mais cela, on ne pourra le savoir, d'une part qu'en regardant ce film et en l'analysant avec différents regards, et pas seulement celui qui semble le plus évident, après tout, il ne faut pas se limiter à seulement une interprétation, c'est le cas dans beaucoup de films, il y a de très nombreux niveau de "lecture".

Et d'autre part, peut être que le réalisateur expliquera ses choix pour calmer un potentiel public choqué. Mais ça, seul l'avenir nous le dira :)


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GrillePain
Femme de 26 ans
Toulouse

J'ai lu cette critique en effet et elle m'a dissuadée, pas par militantisme mais parce que pour mon côté chochotte, les trucs gores avec du sang et des mutilations c'est vraiment pas mon truc.. après peut-être que la critique à caricaturé car n'a vu "que ça" et à occulté des scènes qui sont moins lourdes (j'ai vu des extraits sur YT qui contrastaient beaucoup avec ce qui est annoncé dans la critique).

Mais c'est vrai qu'en lisant ça je trouve ça dommage, déjà que Danish Girl c'est super déprimant, mais lié au fait que c'était une autre époque, là la fille elle est bien entourée, elle est dans un contexte plus morderne etc, et ça semble finir quand même mal.. ce qui est tout à fait possible (je suis pas dans le "quand même si elle est mieux lotie que les autres donc elle devrait aller bien" que je trouve exagéré dans la critique), mais ça crée le raccourci "trans = drame" si y'a peu d'autres exemples de films.

Sinon pour l'hypothèse de Lunatic où le film se la jouerait peut-être 3ème degré façon "voyez comme on met des clichés, c'est justement parce que les clichés c'est le mal donc on démontre ça en en faisant", c'est possible mais je trouverais ça assez irresponsable si c'était ça perso.. parce que ce qui compte c'est pas toujours le message caché qu'on met derrière ses oeuvres mais ce que la plupart des gens y verront, et en sachant que les idées et l'imaginaire collectif est fortement alimenté par le ciné, etc.. "vrai cliché" ou "faux cliché", à moins d'être dans un registre absurde ou dans la dérision totale, c'est chaud je trouve !


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Lafillemoimm
Femme de 34 ans
Lyon

J'ai été voir le film est j'ai bien aimée.

C'est sur ce n'est pas une comédie et il faut pas y aller déprimée, il y a quelques scenes un peu violentes psychologiquement et physiquement.

Il s'agit d'une histoire (tirée d'une histoire vraie d'ailleurs) et ce n'est pas un documentaire sur la transidentité qui résumerait toutes les situations. Le cadre est plutot bienveillant (le père, la famille, la prof de danse, les médecins) et le réalisateur nous montre le conflit entre Lara et son corps. Ce conflit intérieur, il y a bcp de personnes lors de la transition qui ne le comprennent pas (meme si elles sont bienveilantes et l'acceptent). Je pense que c'est ce qu'à voulu montrer Lukas Dhont. En même temps c'est difficille de savoir ce que ressentent les gens sans l'avoir vécu.

Il faut faire attention aussi à ne pas confondre les problèmes de genre (ce qui est fille/garcon) avec la transidentité où la le problème est qu'on acceptent pas notre corps et on a besoin de le changer pour etre une femme. J'ai un peu de mal à l'expliquer dsl. Mais ce que veux Lara c'est être une femme.

Le coté danse, ne fait cliché, c'est son moyen de dompter son corps et sa passion. Pour moi c'est c'est le sport qui m'a sauvé la vie et m'a permis d'apprendre à connaitre et accepter mon corps.

Le fait qu'elle soit "obsédée" par son pénis. Ca va à l'encontre des discours de plusieurs associations qui militent pour supprimer l'obligation d'opération et donc de stérilité. Il y a des personnes qui ne souhaitent pas l'opération et acceptent leur pénis, mais il faut aussi accepter que d'autres ont besoin de cette opération pour se libérer. Pour cette critique on est tous différents et on ne recherchent pas la même chose dans la transition. Lara veut devenir une femme et ne supporte pas son pénis. C'est tout à fait compréhensible et ce n'est pas la seule dans ce cas. Il faut l'accepter.

Le fait que le film soit réalisé et joué par des personnes cisgenre. C'est vrai qu'il y a peu d'actrices cisgenre, mais je pense que ca va venir. Moi je trouve que Victor Polster est bon dans ce rôle. A chaque fois qu'il y a un film transgenre, c'est la même critique, mais l'important ce n'est pas qui joue ou qui réalise mais le film et ce qu'il fait passer.

Voilà c'est juste mon avis sur ce film que je trouve très bon. Je me suis peut être mal exprimée parfois mais bon.

A chacun de se faire son avis.


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