Comment réagiriez-vous face à une mère alcoolique

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Ancien membre
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Bonjour ;

Aujourd'hui, je crée ce sujet car j'aimerais récolter des impressions à ce sujet : ma mère, alcoolique. Sans vraiment rentrer dans les détails (ça serait vraiment trop long à raconter), je n'ai commencé à vivre avec ma mère que vers 14 ans. Le problème étant qu'elle est alcoolique, et elle n'a encore jamais pu récupérer mon petit frère et ma petite sœur, qui, eux, sont toujours placés par mesure de l'ASE (Aide Sociale de l'Enfance). Lorsqu'elle m'a récupéré, tout se passait bien (elle avait arrêté de boire, on s'entendait plutôt bien), puis tout s'est dégradé : elle est devenue extrêmement distante, froide, et elle a commencé à parler de schizophrénie et de bipolarité.  Le truc, c'est que c'est par passages : elle peut-être très agréable, puis devenir très conne, avec tout le monde, et ce sans prévenir.

Lorsque je lui ai révélé mon homosexualité, vers mes 14 ans aussi, elle l'a d'abord bien pris (en mode "Si c'est ça que tu veux", puis m'a dit qu'elle ne l'acceptait plus, puis l'a bien pris, puis ne l'a plus accepté (et vous voyez la suite, quoi), jusqu'au moment de l'acceptation finale, où elle a fini par me dire qu'elle l'acceptait (mais elle continue à me dire parfois "Je sais que tu n'es pas gay, tu finiras avec une fille").

Malheureusement, elle a recommencé à boire, depuis il me semble un an, maintenant, et il se trouve qu'elle commence à avoir des symptômes inquiétants (envies de vomir, hauts-le-cœur quand elle boit sa bière (ah, ça, elle l'aime, sa bière), et douleurs abdominales, ...). Et lorsqu'on lui dit qu'on se soucie pour elle, elle refuse d'y croire, elle se croit seule au monde. Ah oui, c'est vrai qu'elle  fait aussi une sorte... de déprime, car elle est inactive depuis pas mal de temps maintenant, et elle reste la majorité du temps dans sa chambre à grignoter devant la télé, allongée.

Il est vrai que c'est assez difficile de résister à l'envie de lui dire des choses violentes, et même d'être violent, quand elle boit et qu'elle essaye de me pousser à bouts avec plein de petites remarques désagréables, et c'est vrai que souvent, je lui rétorque des choses aussi désagréables en pleine face, car quand on me pousse à bout, je réagis. J'ai une personnalité que j'ai dû modifier dans le temps, pour me protéger moi-même, et donc j'ai construit une sorte de carapace affective, ce qui fait que parfois, je mets mes émotions en pause, et je tourne en dérision certains trucs pas drôles, ou j'adopte un comportement "bloqué" (<< Je m'en fous de ce que tu me dis, ça ne me concerne en rien >>), ce qui n'améliore la situation en rien, et donc je peux sembler insensible à ses yeux, comme par exemple quand elle pleure, ou quand elle me raconte que tout ça (son alcoolisme et ses conséquences) est lié à son passé, mais je ne le suis pas. Je souffre de cette situation, je souffre de supporter ses p*tains de discussions avec elle, qui ne mènent nulle part, et qui m'obligent à être aussi méchant avec elle qu'elle l'est avec moi, et je souffre aussi de la voir se détruire ainsi, et donc ses chances de récupérer un jour ses autres enfants.

Ne vous méprenez ni sur elle, ni sur moi : quand elle ne boit pas (ce qui est à 30%/40% du temps), elle est très cool et on s'entend bien ; et je ne suis pas non plus un gros méchant, car il est possible que vous me perceviez comme un gros con insensible, mais je ne fais qu'adopter des mécanismes de protection, sinon, cette situation m'aurait rendu complètement fou. L'alcool est la seule cause de tout ça.

Voilà, donc j'aimerais maintenant connaître vos avis sur la question, et savoir comment vous, vous réagiriez. Si vous avez besoin de plus de détails, demandez-les moi, je vous les donnerais.

Merci.

P.S. : S'il vous plaît, pas de "Parle-lui de ce que tu ressens", et autres de ce genre, parce que j'ai déjà essayé tellement de fois, ça ne sert à rien.


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Ancien membre
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Salut!
D'après ce que tu racontes, je pense qu'il y a 2 choses à faire (si ce n'est déjà fait, tu me diras) :
- il faut faire un bilan hépatique et pancréatique auprès d'un spécialiste
- il faut prendre contact avec un centre d'addictologie pour aider ta mère à se sortir d'une des pires addictions qui existent. Ils pourront notamment lui proposer une hospitalisation aussi bien dans son intérêt que dans le tien (car tu es ce qu'on appelle un "aidant" épuisé moralement, tout simplement), une prise en charge sociale (le sevrage passe par la réinsertion socio-professionnelle), une mise en contact avec des associations de patients, etc...

Tu ne dois pas t'en vouloir de te sentir démuni, fatigué, et d'avoir envie de laisser tomber. C'est normal, c'est épuisant de vivre ce genre de choses à longueur de temps. Ton rôle est certes important, mais tu as le droit de temps en temps de te reposer, de vivre pour toi, et de laisser d'autres personnes s'occuper de ta mère. Personne ne t'en voudra, et surtout pas ta mère, ne t'inquiète pas.

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Belveline
Homme de 31 ans
Rennes

7 remerciements
Je rejoi s Regenesis.
Pour moi il y a plusieurs choses :
- tout d'abord la raison de cet alcoolisation. Elle l'exprime très bien, c'est à cause de son passé douloureux. Il ne faut pas oublier que l'alcoolisme c'est aussi une fuite de la réalité et une façon aussi de repousser les gens (et donc d'entrer dans un cercle vicieux du je suis seul donc je bois, comme je bois les gens s'éloignent et donc je suis encore plus seul). À mes yeux pour ce problème elle doit aller voir un psy.
- ensuite l'addiction en lui même je te conseil de prendre contact avec des assos/organisme qui aident ce genre de problème. Cela aidera à la fois ta mère et toi aussi car tu pourras parler de ta situation et avoir des conseils. À défaut contact l'hôpital, ils ont des fois des services spécial addictologie.
- ta mère exprimé aussi une grande solitude. Il faudrait qu'elle retrouve un travail (si elle n'en a plus) et qu'elle participe à des activités. Pour ça des assos existent. Si tu trouve des organismes contre l'alcoolisme ils font souvent des balades ou ce genre de chose.
- l'ennemi de l'alcoolisation c'est la projection dans la journée. Il faudrait qu'elle ait un emploi du temps bien rempli et de préférence hors de chez elle pour recommencer sa vie.

N'oublie pas que c'est un chemin long et difficile donc aime la plutôt que de la juger.
Par ailleurs ne t'oubli pas non plus, prend tes bouffés d'oxygene, va voir tes amis, profite de la vie même si en rentrant elle te fait culpabiliser de l'abandonner. Tu as TA vie à vivre. Tu as le droit de partir aussi en faisant la demande à un CCAS.

Bon courage en tout cas.

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Ancien membre
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D'abord, je dois dire merci pour vos réponses, ça me fait plaisir.

@Regenesis

Merci de ta réponse, vraiment.

Elle a déjà une hospitalisation en vue, mais ça rame un peu, parce qu'il n'y a pas forcément de places, mais elle compte bien y aller.
Elle a déjà un psychiatre aussi, qui justement essaye de l'aider à se rediriger vers la cure.
Mais le problème est qu'avant d'entrer en cure, elle va se prendre d'autres cuites, et elle va dégrader sa santé d'avantage, et déclencher encore d'autres crises entre elle et moi, et ça risque de finir le peu d'affection qu'il me reste pour elle (c'est dur à dire, mais ça finira probablement par arriver si elle continue à m'attaquer verbalement lorsqu'elle est bourrée). Je m'adapte à elle, c'est-à-dire que je l'aime bien quand elle ne boit pas, mais quand c'est le cas, ce n'est plus ma mère et je la déteste.
Pour ce qui est du travail, elle s'est arrêtée de travailler car elle a de gros problèmes de dos, donc c'est assez compliqué pour elle de trouver un travail, n'ayant aucune qualification.

@Belveline

Merci à toi aussi de ta réponse.

Elle a déjà été mise en contact avec les AA, mais elle n'a pas aimé l'ambiance morose de la réunion à laquelle elle avait participé avec sa sœur (pleurs). Et comme dit plus haut, elle consulte un psychiatre.
Quand aux associations, elle n'y ira pas, tout simplement parce qu'elle ne voudra pas, mais merci du conseil, car moi, j'ai bien envie de prendre contact avec eux, juste pour me vider, au moins.
Oui, c'est sûr que ce serait mieux qu'elle ait une journée bien remplie, mais elle n'est pas vraiment sociable, ce qui fait que rencontrer du nouveau monde ne l'intéresse pas vraiment, donc pour aller voir des associations de ce genre là, c'est un peu mort.

@Klasu

Merci aussi.

Oui, comme tu le dis, il est inutile de parler aux personnes alcooliques : je suis content que tu puisses comprendre la situation, de par ton passé.  Comment s'est passé ton processus de guérison ? J'aimerais en savoir plus, si tu me le permets.

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Ancien membre
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J'ai un père alcoolique lui aussi. Après une grosse dispute entre lui et moi qui a finit en bagarre, il a prit conscience du problème.
Ma famille a enlevé ses œillères et l'a aidé à trouver une cure efficace.

Pour que la personne atteinte d'alcoolisme réagisse, il faut un événement qui fait "tilt" dans sa tête. Quoi que ce soit. Mais cela doit lui faire prendre conscience qu'elle a un problème, une maladie et que ce n'est pas entièrement de sa faute. Si on rabâche à une personne qu'elle a un problème, elle ne l'acceptera jamais. Et la situation risque de s'aggraver.

Ta maman doit elle-même se rendre compte qu'elle n'est que victime. Toi et ta famille pouvez l'aider. Mais elle doit aussi prendre conscience qu'elle met sa vie et celle des autres en danger. "Rentrer dans le tas" ne sert à rien.

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Greg686ws
Homme de 42 ans
PLOERMEL

4 remerciements
Klasu (et les autres) a très bien parlé du problème de la dépendance alcoolique. Et je ne vais faire que redire plus ou moins ce qui à déjà été dit avec d'autres mots, mais le sujet me touche directement.

Pour situer les choses, je suis moi même alcoolique,  abstinent depuis bientôt 5 ans, et président d'une association locale d'aide aux malades alcooliques. Il y a beaucoup de choses dans ton témoignage, et ce que je peux dire ne sont que des généralité sans connaître en détail le cas de ta mère. Cependant, des points communs existent avec beaucoup d'alcooliques.

Tout d'abord, passé un certain stade, (c'est à dire lorsqu'on est vraiment alcoolique et pas seulement buveur excessif), il est totalement impossible de s'en sortir tout seul. Les mécanismes de la dépendance sont trop forts. Il faut une aide médicale spécialisée. Par ailleurs, il existe selon la gravité du cas de gros risques (allant jusqu'à la crise d'épilepsie, voire la mort) lors d'un sevrage brutal sans médication appropriée.
Ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas seulement un relâchement ou une faiblesse. C'est une véritable maladie, reconnue comme telle par l'OMS. Et qui donc doit être traitée de façon médicale.


Ensuite, et il me semble que c'est primordial, l'alcool est presque toujours une mauvaise réponse à un vrai problème. Dans le cas de ta mère, tu parles de syndrome maniaco-dépressif, d' « oisiveté », de mal de dos, et peut-être de solitude. L'alcoolisme est le (un des) symptôme(s) qui cachent le ou les vrais problèmes. L'arrêt de l'alcoolisation ne tiendra à long terme que si la personne met en place tout un processus pour résoudre ces problèmes, ou en tout cas en limiter la portée. D’où l'intérêt d'un psy qui peut aider à faire la part des choses entre ce qui est important, ce qui l'est moins, ce qui doit être changé, ce avec quoi on devra vivre, comment réparer les dégâts auprès de ses proches, etc..

Il y a deux autres choses de fondamentale.

Premièrementil faut que la personne accepte le fait qu'elle est alcoolique. Nous autres, les poivrots, on est champions olympiques toutes catégories dans des disciplines très variées comme le déni, le mensonge et la minimisation des faits. Et aussi l'amnésie sélective . Tant que la personne n'a pas admit qu'elle avait un problème, aucun discours ni aucun traitement ne tiendra à long terme. C'est souvent difficile car l'image de l'alcoolique est très négative. Klasu parle de « déclic », c'est exactement ça. Pour moi aussi ça a été assez violent, mais ce n'est pas une obligation.

Deuxièmement,il faut que le malade alcoolique (et c'est vrai pour toutes les dépendances) veuille se soigner POUR LUI MÊME. Pas pour son boss, pas pour ses gosses, ni pour son conjoint. Pour lui même. D’où l'importance de prendre conscience de la gravité de son état.

Concernant les associations, les AA sont un cas particulier qui ne convient pas à tout le monde. (moi le côté « spirituel » me hérisse, mais ça apporte quelque chose à d'autres) Il existe d'autres structures moins formelles qui peuvent aussi apporter un soutient. Je ne croyais pas du tout aux asso quand je suis sorti de l'hôpital. J'y suis allé parce que... Bah parce que on m'a un peu forcé la main sur ce coup là. Force est de constater que c'est le seul endroit ou je peux parler de mon problème sans avoir peur d'être jugé, parce qu'on est tous dans le même bateau. On peut dire ce qu'on veut, nos proches ne pourrons jamais comprendre totalement ce par quoi on est passé. Ce sentiment de honte, de mépris de soi-même, le sale con qu'on était, on ne peut l'exprimer sans filtre qu'avec des gens qui ont eut sensiblement le même parcours. Et quant on a une baisse de moral, c'est nos « collègues » qui sont à même de trouver les mots pour nous remettre d'aplomb. Et les réunion peuvent être très gaies (sans jeu de mots). Ce sont les participants qui font d'une association ce qu'elle est

Quand tu dis qu'elle t’attaque verbalement, je suis presque persuadé qu'elle rejette sur toi le mépris qu'elle a d'elle même. On fait souvent du mal aux proches parce qu'on ne sais plus trop comment se faire encore plus de mal à soi même, et qu'en plus ils sont immédiatement disponibles pour s'en prendre plein la gueule. Et par ailleurs, on sait ou appuyer pour que ça fasse mal. C'est plutôt pratique, et on risque de s'en prendre une si on commence à chercher son facteur ou la caissière du supermarché.

Tout ce que je peux te dire, c'est que j'ai complètement changé. Je ne suis bien évidemment pas la même personne que lorsque je buvais. Mais je ne suis pas non plus le même qu'avant d'être alcoolique. Lorsque j'ai attérit à l’hôpital, je pensais juste faire « une pause » parce que j'étais rendu physiquement et psychologiquement à bout (48 kg, 4,20g d'alcool/litre de sang, on appelle le Guiness Book?). Mais 5 ans après, j'ai petit à petit reconstruit ma vie. J'en ai profité pour remettre pas mal de choses à plat avec mes proches, et avec moi même. C'est long, parfois difficile, mais au bout du compte, j'ai une relation apaisée avec ma famille et mes amis. J'en ai profité pour prendre ça comme un nouveau départ. Une occasion de recommencer pas mal de choses à zéro. Donc tout n 'st pas foutu, loin de là.

Ca risque de faire très cliché, mais ce sont les premiers pas qui sont difficiles. Prendre conscience qu'on a vraiment un problème et pousser la porte d'une asso/d'un hôpital est souvent dur.

Le plus dur pour toi étant sûrement de te sentir impuissant, car l'amélioration de l'état de ta mère ne dépend finalement que d'elle même et de sa volonté à affronter son problème. Encore une fois, ce n'est pas une maladie ou il suffit de refiler un antibiotique pour que ça passe. Il faut faire un travail à côté pour que ça dure. Effectivement, lui parler de ce que tu ressent est inutile pour l'instant, voire contre productif. Mais si elle décide de faire quelque-chose pour se soigner, sans doute aura-elle besoin de ton soutient, même tacite. Parfois quelques mots simples peuvent apporter pas mal de réconfort et de « niaque »

Je vais m'arrêter là parce qu'il y à beaucoup de choses à dire, mais que je risque de déborder sur le sujet. Si il y a des questions (ici ou en MP) je peux tenter d'y répondre si c'est dans mes cordes.

Ah si: PS
Parfois le simple fait de traiter un problème psychologique sous-jacent (agoraphobie pour moi, ou bipolarité pour ta mère) permet de soulager beaucoup d'angoisses et de faire diminuer l'envie ou le besoin de boire. Ce n'est pas tout, mais c'est souvent déterminant quant on doit en plus affronter un problème de ce type. Encore faut-il détecter la chose et la traiter correctement. 

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Ancien membre
Utilisateur désinscrit
Une fois de plus, merci à tous pour vos réponses, ça donne à réfléchir...

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