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Harcèlement scolaire : les conséquences

auteur anonyme

Anonyme
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Bonjour,

J'ai été le bouc émissaire de ma classe, principalement de la 6ème à la seconde (En primaire, ça avait déjà commencé, et j'ai été sporadiquement emmerdé en première et terminale aussi)
Mise à l'écart, rejet, moqueries, humiliations... dans mon malheur, c'est resté "soft", c'est à dire que je ne me suis jamais fait racketter, menacer de mort ou carrément tabasser, comme ce qu'on peut voir dans les faits divers sordides. Les violences physiques se sont limitées à des bousculades, croche-pied dans les couloirs, boulettes de papier...
Je précise que ce n'était pas de l'homophobie. Oh, il y a bien quelques fois où on m'a traité de tapette en EPS vu que les sports collectifs, le foot, le rugby, etc. n'ont jamais été mon truc. Non, au contraire, les harceleurs se trompaient même sur toute la ligne car ils essayaient de me blesser sur mon pucelage, mon innocence (je ne savais pas ce qu'était une chatte à 11 ans, en dehors d'un animal (pardon je dis les choses tel quel)), mes déboires (purs fantasmes de leur part) avec les filles, etc. On m'a déjà demandé un million de fois pour me narguer "t'es déjà sorti avec une meuf ?".

À 30 ans passés, je sens que je suis encore affecté par ce passé difficile. Bien sûr, je peux passer de très longues périodes sans y repenser. J'ai fait du chemin, j'ai pris confiance en moi, j'ai pu réussir ma vie professionnelle. Je suis arrivé à m'aimer davantage et ne plus me trouver moche. J'ai déjà eu des relations avec des beaux mecs (à mes yeux), le type d'hommes que j'enviais à l'époque et qui auraient pu avoir l'apparence de harceleurs.

Mais bon, 5 ans de sévices psychologiques, même s'ils sont softs, font leur effet... ne serait-ce qu'au niveau inconscient : je suis solitaire, très peu d'amis, etc. Je ne suis pas trop à mon aise dans des rencontres avec un grand nombre de participants. Pas vraiment d'agoraphobie ici, je parle plutôt des interactions amicales dans un groupe de 4 personnes ou plus. J'ai intériorisé des comportements défensifs que je ne lie même plus au harcèlement scolaire, c'est inconscient.
J'éprouve encore un peu de honte, la preuve c'est que je crée ce topic en mode anonyme... je sais que je n'ai pas à avoir honte intellectuellement, mais émotionnellement, c'est plus fort que moi. Je me suis déjà rebellé ou j'ai déjà essayé de répliquer aux différentes attaques contre moi, mais pas assez à mon goût, ni au leur, vu que ça les a pas empêché de continuer. Peu importe que leurs invectives soient objectivement complètement débiles avec le recul... (par exemple se moquer de la virginité d'un gosse de 14 ans, c'est juste ridicule), je regrette de ne pas m'être assez défendu. L'un de mes principaux harceleurs prenait le bus tout seul à mon arrêt, j'aurais dû l'affronter en face à face, mais j'avais trop peur que ça me retombe dessus par la suite (On notera quand même que ce type faisait moins le fier sans ses potes pour m'ignorer royalement ^^).
Enfin voilà je pense que j'ai payé les conséquences de cette injustice non dénoncée ni même verbalisée.

Et ça revient de temps en temps, par vague, de façon consciente. Par exemple là je vais bientôt passer 2 semaines chez mes parents après quelques mois sans nous voir. C'est dans leur ville que se trouve mon ancien collège... je n'ai guère de bons souvenirs dans cette ville. Sûrement parce que le harcèlement a commencé de façon ""douce"" après notre déménagement en pleine année de CM1. Déjà très timide de nature à cet âge là, j'étais encore plus fragilisé en tant que nouvel élève dans un groupe déjà formé. On a commencé à me chambrer gentiment sur ma ville d'origine, et puis c'est monté en puissance petit à petit...

Bref, tout ça pour dire que j'en viens à vouloir lâcher prise sur le fait de m'en sortir totalement. Je n'ai pas l'intention de me complaire dans mon passé ou de baisser les bras, mais juste, simplement accepter d'être plus fragile. Je pense que j'ai longtemps minimisé les faits parce-qu'à l'époque, ce que je subissais n'avait même pas de nom. Sans dire que je le méritais, j'en étais venu à considérer ça comme "normal".
On peut pas se remettre si facilement d'un tel conditionnement négatif si prolongé, surtout à une période charnière de la vie. En terme de maturité, j'ai parfois l'impression d'avoir le double de mon âge dans ma tête lol. Et pourtant, dans certaines situations, je retrouve les sensations et émotions d'un ado de 14 ans...

Paradoxalement, c'est peut-être en acceptant de ne pas être toujours fort qu'on devient plus fort ?

J'attends de lire vos commentaires avec impatience... ;) et votre expérience perso, en tant qu'ex harcelé, témoins, ou pourquoi pas ex harceleur ? (je vous jugerai pas)


photo de l'auteur Lysie

Lysie
Femme de 42 ans
Mirecourt
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Bonjour,
Alors, j'ai beaucoup de choses à dire. Pour commencer je me retrouve dans beaucoup de choses que tu écris. ça a commencé en 6ème et c'est terminé en seconde, malgré qu'on m'ait changé de collège (mais toujours dans la même ville). Il y avait le racket, les insultes (mongol, mongolito, des jeux de mots méchants, débiles et blessants sur mon nom de famille et mon prénom, etc...). J'avais aussi le droit à des réflexions telles que, "ahhh, je ne trempe pas ma queue là dedans", ou si un garçon me parlait "tu vas à la pêche au thon", "je suis sûr qu'il y a pleins de toiles d'araignée là dedans"... Et j'en passe. On me frappait, me bousculait, crachait sur mes affaires. Une fois j'ai été poussée dans la poubelle, et on m'a dit, "tiens rentre chez toi". Charmant tout ça non? Tout les jours j'avais ma croix à porter. Combien de fois à l'arrêt de bus je dûs m'enfuir à cause d'agressions pour me cacher et rater le bus pour aller au collège. Et souvent, dans mon triste sort, une bonne âme, un prof de math dont je me souviendrais toujours du nom, me faisait monter dans sa voiture et me montais jusqu'au collège. Il me réprimandait un peu, mais jamais j'ai osé lui parler de mes soucis. Ce qui m'avait blessé, et qui est resté dans ma tête, c'est ce jeune en troisième qui avait trois ans de redoublement derrière lui. C'était un très bon dessinateur, il avait caricaturé la classe, tous étaient ressemblants, sauf une: moi. Il m'avait représenté comme un monstre difforme pleins de pustules et tout baveux. Je ne te fait pas dire le pincement au coeur quand j'ai vu le dessin. Et encore qu'au lycée une paire de fois j'eus le droit à des réfléxions plus que déplacés. Dont une (qui était coutumière des commentaires vaches sur mon compte), alors que j'achetais un préservatif pour faire une blague à une amie, elle m'avait sorti: " il sera périmé avant que tu n'ais besoin de l'utiliser". Allez savoir si ça a été le déclic, moi qui n'osais pas me défendre j'ai commencé à la harponner à coup de vannes calculés pour être biens vexantes dès que j'en avait l'occasion. Elle a été surprise et m'a demandé ce qu'il me prenait, je lui ai fait part de tout ce que je m'étais pris dans la figure par elle, après elle m'a foutu une paix royale.
Cette peur d'être en groupe, cette image de moi dégradée je l'ai connu. Et elle subsiste encore aujourd'hui. Je n'ai pas une bonne image de mon physique. A la fac, par exemple, je ne m'imaginais pas pouvoir être draguée. Un jour j'ai remarqué un étudiant, il était souvent à la bibliothèque de la résidence universitaire à lire des BDs, dans un coin. Moi j'y étais souvent avec mon amie, j'ai remarqué qu'il se marrait à la moindre de mes vannes pourries. Mais sans plus. A plusieurs reprises, nous voyant passer avec mon amie, il a cherché à nous inviter à boire un café, jusqu'au jour ou mon amie a accepté, moi je n'étais pas chaude du tout. On y est donc allés. Sortie de là, elle me dit qu'il était ému par moi. ça m'a énervé, je lui ai demandé si elle se payait ma tête et lui ai répliqué que c'était certainement après elle qu'il en avait. Un jour parce qu'il était la seule personne à qui je pouvait demandé un service, et que j'étais en galère j'ai dû aller le voir seule. Il en a profité pour m'avouer ses sentiments, je tombais des nues, j'étais décontenancée.
Toutes ces petites anecdotes pour dire que je ne pouvais même plus faire confiance dès lors que quelqu'un s'intéressait à moi. Sans compter qu'il y avait une honte secrète, car j'étais persuadé d'être vraiment "mongol", c'est à dire débile ou taré. Je n'arrivais pas à aller vers les autres. Toujours par peur de ce qu'il pouvait se produire. Car il faut dire que la solitude (peu d'amis aussi) et le fait que pendant plusieurs années il y ait eu de façon répétitive des attaques tant sur mon physique que sur mon intelligence, avait ancré en moi une conviction. Celle que je ne valais pas la peine, que je ne ferais rien dans ma vie et que je ne trouverais personne. D'ailleurs je vivais mes sentiments amoureux comme une malédiction.
Moi aussi j'ai longtemps eu des comportements défensifs, des réflexes, intégrés à force de coups et de brimades. Je voyais bien que parfois ça surprenait, et du coup ça me mettait mal à l'aise.

Globalement je pourrais te tire que ça a pourri pas mal ma vie. Alors quand tu parles d'avoir la trentaine et d'être encore affecté, je te crois et te comprends.

photo de l'auteur Noekee

Noekee
Femme de 25 ans
Bordeaux
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Bonjour,

Vos témoignages font remonter beaucoup de souvenirs, encore aujourd'hui il m'arrive d'essayer de me persuader que tout ça n'a été qu'un long cauchemars, à défaut de pouvoir oublier. Mon caractère et mon attitude en sont encore largement marqués. Quand tu dis en être encore très affecté et avoir encore certains comportements, je n'en suis malheureusement pas étonnée, parfois je me dit que ça me hantera jusqu'à la fin de mes jours.

Tout à commencé tôt, en maternelle, j’étaie une gamine du genre introvertie, le fait que j’étaie malentendante n'a fait que renforcer cet écart et la cruauté des autres. Sans surveillance de la part des adultes, je revenait fréquemment le soir avec des bleus sur tout le corps, des griffures, des morsures, et même des marques de pieds quand d'autres enfants me mettaient à terre pour me marcher dessus. Pour les rares adultes qui ont assistés à ces scènes ce n'était que des « chamailleries d'enfant sans conséquences », même quand ma mère leur parlait des blessures qu'elle constatait.

Totalement traumatisée par l'école et en phobie scolaire, j'ai eu la chance de bénéficier de répit en primaire : une école regroupant tout ceux qui gênaient les gens qui se clamaient « normaux », j'ai pu reprendre un peu confiance en compagnie de gamins comme moi, ainsi que ceux qui avaient un pathologie qui les empêchaient de rentrer dans le moule et donc emmerdaient les professeurs des autres écoles.

Le collège à été le retour en enfer, nous étions plusieurs de cette école primaire, des prétendus amis qui pour la majorité on rejoint la masse des harceleurs pour leur échapper. Après deux ans de harcèlement et de comportement violent croissants, ma mère me change de collège en espérant m'aider. Grossière erreur, dès le début, on ne me laisse pas me bercer d'illusion sur ce qui m'attend. Je suis tombé sur une école de « fils et fille de », et ils ont tout les droits ! Une fille d'ouvriers comme moi n'a qu'à fermer sa gueule et encaissé, la direction et l'équipe pédagogique me l'on bien fait comprendre. Comprenez : quand les élèves se sont bien défoulés, ils sont plus calmes. J'ai donc été désignée comme défouloir. J'ai tenu deux ans avant de péter un câble, mon petit frère scolarisé dans ce même établissement et ayant subit le même traitement en est ressortit handicapé à vie...

Après un an de cours par correspondance et plusieurs séries traitements, ça a été le lycée, la même routine, mais le fonctionnement me permettait de m’échapper un peu. Mais l'accumulation m'a fait lâcher petit à petit : dépression, crises d'angoisses mais surtout l'anorexie. Je suis tant bien que mal arrivée au bac, je l'ai obtenu, de même que mon passeport pour la fac. Une autre mentalité dans son ensemble, là-bas, c'est souvent chacun pour sa pomme et pas le temps de chercher des noises au autres.

La fac a été en quelque sorte une renaissance, j'ai pu me rapprocher de ma passion, mais j'y ait surtout rencontré des personnes formidables. A leur contact j'ai pu revenir sur tout ce que j'avais subit, c'était toujours aussi horrible, mais le point de vue de ces personnes m'a énormément aidé à y voir plus clair et me reconstruire. La vision que j'ai de moi-même s'est beaucoup améliorée, j'ai recommencé petit à petit à vivre et rêver, je ne suis plus ce zombie qui tente de se faire passer pour ce qu'il n'est pas.

Je suis consciente que j'ai encore énormément de chemin à faire, certaines choses me hantent toujours. J'aimerais surtout reconstruire les relations que j'avais avec mes proches, la dépression et le reste m'ont beaucoup éloigné d'eux, c'est une des choses que je regrette le plus avec le fait de ne pas avoir remarqué que mon frère subissait la même chose que moi. De ne pas l'avoir soutenu, que le handicape qui le suit depuis l'ai privé de son rêve. Pour moi, c'est ma plus grosse erreur.

photo de l'auteur Lysie

Lysie
Femme de 42 ans
Mirecourt
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Noekee: pour avoir été aussi dans le privé après que mes parents m'aient sorti du public à cause du harcèlement, entre autre. Et pour avoir travaillée x années dans les écoles publiques et un peu dans le privé: je peux dire que ce que tu dis ne m'étonnes pas. Le privé ne vaut pas mieux que le public. Voir les mentalités y sont parfois très spéciales. Donc payer en plus pour le même résultat ou pire, je trouve que c'est dommage.

J'ai l'impression que l'introversion, la timidité sont le fil conducteur de nos trois posts.

Autre chose, il y a eu beaucoup de choses qui ont changés quand j'ai pu mettre un mot sur ce qui m'était arrivé. Avant on ne parlait pas de harcèlement scolaire. Et avant je me disais que puisque au pire on m'agressait, aux mieux on m'ignorait (à l'exception de quelques rares amis), c'est que je devais mériter ce qui m'arrivait. Que c'est moi qui avait un problème. Jusqu'au jour ou la qualification de harcèlement scolaire avec sa définition et son cortège de témoignages m'ont permis de me dire, que non ce n'était pas moi, mais eux.

Moi questionnement actuel est, qu'est ce que ça montre de notre société tout ça? De ce que nous sommes en tant qu'êtres humains? Et le harcèlement existe aussi au sein de notre société d'adultes, au travail, dans le couple...

photo de l'auteur Pinson

Pinson
Femme de 34 ans
Bruxelles
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(Vais lire avec beaucoup d'intérêt ce topic... Une fois que j'en aurai le temps... D'où ce message, pour le suivre ;) !)

photo de l'auteur Evoli

Evoli
Femme de 24 ans
Bordeaux
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Effectivement, le harcèlement scolaire fait partie de ces situations qui laissent des traces, à vie, d'autant qu'il intervient souvent au moment de l'adolescence et donc durant la construction de l'identité. Cela dit vous pouvez aujourd'hui en avoir une vision "extérieure", vous avez du recul. Déjà parce que vous avez grandi, mais aussi parce que vous avez vécu d'autres expériences et que vous êtes plusieurs à évoquer un changement d'image de vous-mêmes ! Ce qui fait ce que nous sommes à un instant t, c'est une conjonction d'une multitudes de choses -et notamment de ce que nous avons vécu auparavant. Donc oui on a en nous les traumatismes passés. Mais ils ne nous gâchent pas nécessairement la vie comme au premier jour pour autant. On peut essayer de s'en servir pour produire du positif. Par exemple, on acquiert probablement une certaine capacité d'empathie, on est plus attentif à ce qu'on envoie à autrui, car on a bien conscience de ce que des gestes en apparence anodins peuvent provoquer. Comme vous l'avez souligné, on parle pas mal de "harcèlement scolaire" depuis plusieurs années, alors qu'auparavant c'était une notion très floue voire inexistante. Cela permettra aux élèves de mieux déceler les situations de harcèlement et de mieux y répondre, et puis les personnes harcelées hier se sentent comme reconnues aujourd'hui. Ces personnes sont en outre particulièrement importantes pour les actions de sensibilisation, car elles savent de quoi elles parlent.
Par ailleurs, vous semblez repenser aux situations vécues en vous disant "j'aurais dû me défendre". Pourtant il n'y a pas à culpabiliser de "ne pas s'être défendu". Ce n'est pas facile, ça ne se fait pas en claquant des doigts, le contexte joue aussi. La clé c'est d'en parler, mais encore faut-il savoir le faire et savoir trouver les bons interlocuteurs. En tous cas, la distribution des rôles dans une situation de harcèlement dépend de beaucoup de choses. Non vous ne méritiez pas ça, non ce n'était pas normal, non ça ne vous définit pas. Mais les groupes sociaux ont leurs dynamiques, et chaque individu trouve une place par rapport aux autres. Par une succession d'événements, en interaction avec ce que nous sommes, on est amené à endosser des rôles, qui nous plaisent ou non. Mais ce ne sont que des rôles -et c'est déjà suffisant.

photo de l'auteur Theudric

Theudric
Homme de 29 ans
Nomdieu
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Tout à la fois très touchant et très intéressant ce topic. Bravo à toi, même en anonyme de permettre de délier les langues.
Je n'ai pas été concerné par ce problème aussi mon intervention s'arrêtera là.
Il y a juste un point qui me parle, cette fermeture au monde. Je l'ai connu aussi mais la raison n'est pas la même, pour tout dire j'ignore la raison pour laquelle du jour au lendemain, en primaire, je suis passé de bout en train qui monte sur les tables à l'introverti qui panique dès qu'on lui adresse la parole, introverti que j'ai ainsi été dans tout environnement scolaire. Mais pour mon cas seul un travail psychanalytique pourra me donner ne serait-ce que l'espoir de trouver la réponse.
Bref les symptomes me parlent d'où le fait certainement que ça me touche

photo de l'auteur MamGay

MamGay
Femme de 43 ans
montpellier
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les mots sont un faible pansement aux maux....
quand ça fait mal, ça fait mal !
vos témoignages sont poignants. le système scolaire est débilisant dans leur "laisser faire"...

auteur anonyme

Anonyme
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Bonjour,

et merci beaucoup pour toutes ces interventions.

Je vais réagir en vrac, désolé je ne peux pas répondre à chacun de vous individuellement...

Pour commencer, un mot sur ce système scolaire débilisant... "laisser faire" et parfois même complice involontairement. J'ai été exaspéré plus d'une fois par la connivence entre certains enseignants et les harceleurs populaires... Oh, les profs ne rigolaient pas quand j'étais harcelé (pas à ce point là, même si ça doit exister malheureusement), mais leur sympathie pour les abrutis me blessait. Au final, ce ne sont pas les agressions par elles mêmes qui sont le plus difficiles quand on y réfléchit, mais tout l'environnement et les gens autour.... je veux dire, on souffre en silence, et pendant ce temps là les profs et les harceleurs plaisantent. C'est là qu'on voit le visage sympathique des harceleurs, qui pourraient même nous faire rigoler aussi, s'ils nous laissaient tranquilles. On se sent plus que jamais seul. Pour tenter de mieux me faire comprendre, je vais vous prendre un parallèle avec les couples dont l'un des conjoints est un pervers narcissique. En réunion avec des amis, le pervers semble vraiment gentil et agréable, et le plus douloureux pour la victime, ce sont les marques de sympathie des autres avec son bourreau. Ça participe à son sentiment de confusion générale, en mode "après tout le problème doit venir de moi non, il est sympa avec tout le monde sauf moi, et pire encore, tout le monde l'apprécie".
Et je ne parle même pas de la masse des témoins (les élèves) rieuse ou indifférente.
Tout ça participe beaucoup à l'impression que ce qu'on vit est parfaitement normal, c'est un fait établi. On a implicitement signé pour en baver pendant des années.


Bref, malgré ce que je viens d'écrire, je suis dans un meilleur état d'esprit aujourd'hui. Je rejoins ce qu'a dit Evoli. Le harcèlement engendre des conséquences négatives à court-moyen terme, mais sur le long terme, on peut convertir cela de façon positive. Une empathie plus développée comme dit précédemment, mais d'autres points positifs aussi : on m'a harcelé car je ne rentrais pas vraiment dans le moule, je m'intéressais pas aux mêmes choses que mes camarades. Et bien je crois que ""grâce"" à eux, je suis encore plus indépendant d'esprit. Et puis avoir vécu des choses difficiles si jeune, en comparaison la plupart des problèmes qui se présenteront à l'âge adulte seront plus faciles à résoudre. Je regarde le verre à moitié plein...
Par exemple, après le lycée je suis allé en classes préparatoires scientifiques, qui sont connues pour être très exigeantes. La plupart des élèves vivent ces années de façon pénible, et certains craquent et abandonnent dès les premières semaines. Pour moi, c'était au contraire assez facile... bien sûr, le travail à fournir était important et stressant, mais au moins j'avais la PAIX. La sérénité psychologique n'a pas de prix...

photo de l'auteur Hildegarde

Hildegarde
Non binaire de 32 ans
Strasbourg
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 4 remerciements

Ah, le harcèlement scolaire ! Ça fait égalelent partie de mes souvenirs de collège, non en raison de mon orientation, dont je n´avais moi-même pas conscience à l´époque, mais parce que j´avais décidé de bien travailler et que je n´étais pas très jolie ^^
Je passerai sur les souvenirs qui nous parlent de toute façon à tous... Je tenais juste à appuyer le constat fait plus haut : on considère ça comme "normal" alors que ça ne l´est pas. On se forge une carapace qui déforme notre perception de la réalité. J´ai cru que je m´en fichais, que mon isolement était volontaire... mais je me trompais. Pour preuve, je suis restée quasi-terrorisée lorsqu´une des filles de ma classe de seconde est venue s´asseoir en face de moi au réfectoire et à commencer à discuter. J´ai mis quelque temps avant de comprendre qu´elle était sincère et qu´elle ne le faisait pas sous couvert de moquerie. Bref, j´étais devenue parano. J´ai mis plus de quinze ans à retrouver confiance en moi... J´ai mis longtemps avant avant de vaincre ma timidité maladive.
J´ai écrit un livre traitant de ce fléau qui ronge et hante les écoles. Dedans, il y a mon expérience, mais sûrement celle de beaucoup d´autees gens aussi. Écrire aide à guérir :-)

auteur anonyme

Anonyme
star

Merci de ton témoignage Hildegarde !
Oui c'est affreux cette parano qui se développe. Ça me fait penser au film Carrie d'ailleurs (je vous conseille la version de 1976 par Brian de Palma). La pauvre Carrie flaire tout de suite le traquenard lorsqu'un garçon populaire, mais gentil, l'invite au bal. (après effectivement elle a eu raison de se méfier, mais le danger n'est pas venu de CE gars)

Petite remarque en passant : seules des femmes interviennent ici... et le seul homme qui a témoigné ne l'a pas vécu (Theudric). Je ne fais aucun reproche aux mecs de ce forum préférant rester discrets, c'est juste un constat de la difficulté à révéler cela en tant qu'homme... un peu comme les violences sexuelles j'imagine, on nous a appris à ne pas paraître "faibles". Ça reste ancré même sur un forum LGBT où on a une meilleure connaissance de ces schémas machistes. C'est bien pour ça que j'ai préféré témoigner en anonyme....
(Peut-être que je m'avance un peu, après tout il n'y a pas tant d'intervenants que cela, mais je le ressens ainsi...)

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