Discussion sur la tolérance

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Bonjour à tous, je vous propose une petite discussion sur le thème de la tolérance.

Si je suis venu sur ce site, c'est en grande partie pour les valeurs qu'il défendait, notamment la tolérance. J'ai toujours, un peu comme tout le monde je pense, perçu la tolérance comme un moteur social, renforçant les liens qui cimentent la société. Mais récemment, j'en suis venu à réfléchir sur cette notion.

Il y a quelques jours, je parlait avec une amie dont une connaissance venait de faire son CO, pas super bien accueilli par son entourage. Elle m'a notamment rapporté une réaction qu'elle a pu entendre de la part d'un de leurs amis communs.
"Franchement, il fait ce qu'il veut, l'homosexualité ne me dérange pas. Je dis juste que c'est pas normal et que c'est contre nature. Après c'est toujours mon pote hein !"
(cette réaction n'est pas une flagrante marque d'homophobie, ce n'est pas un refus de l'autre, je ne dis pas qu'il n'y a pas plus grave, je veux juste réfléchir)

Ce témoignage m'a beaucoup fait réfléchir. Pouvait-on reprocher à cette personne de ne pas être tolérante ? Je ne pense pas, au contraire.

Les mots ont une origine, une histoire. Voyons ce qu'il en est pour la tolérance.
Ce mot vient du latin tolerare (source : dicolatin.com) utilisé par Cicéron pour dire supporter une épreuve pénible, endurer. Utilisé par Locke dans sa fameuse Lettre sur la tolérance : (citation de Wikipédia) "Historiquement, la première notion de tolérance est celle défendue par John Locke dans sa Lettre sur la tolérance, qui est définie par la formule « cessez de combattre ce qu'on ne peut changer ».
D'un point de vue social, il s'agit de supporter ce qui est contraire à la morale (ou à l'éthique) du groupe posée comme un absolu. Il s'agit principalement de réaction face à un comportement que l'on juge mauvais, mais que l'on accepte parce qu'on ne peut faire autrement."
Je pense qu'il dans la notion de tolérance un rapport à la vérité, la représentation de la vérité que l'on suppose porter. Tolérer comprendrait alors le travail de distanciation par rapport à sa vérité. N'oublions pas que ce dont Locke parle c'est du sujet religieux. Or, chez les religions (historiquement, plus les monothéistes que les polythéistes d'ailleurs), le rapport à la vérité est particulier. Une vérité religieuse fait parti du domaine de la foi et est strictement absolu. Il y a une vérité, celle de "ma" religion.  Ainsi, ce que préconise Locke c'est tolérer l'autre religion, c'est-à-dire non pas accepter sa vérité mais lui reconnaître le droit d'exister. (Il y a chez Locke quelques limites. Celle de la loi, notamment, et, la non acceptation de l'athéisme, le comble de l'horreur selon lui ^^). C'est exactement ce dont il s'agit lorsque qu'apparaissent dans l'Histoire les édits de tolérance.
Un autre exemple de l'utilisation du mot tolérance  : les maisons de tolérance. Je vois dans ce nom (porté par les maisons closes), ceci est une interprétation qui n'engage que moi, le fait que l'on tolère ce que l'on ne peut pas arrêter de toute façon. C'est une posture face à la prostitution selon laquelle il vaut mieux la réglementer plutôt que la laisser se faire dans l'illégalité. (je ne suis un spécialiste j'ai peut être tort)
Je ne dis pas que le sens des mots l'évolue pas mais je pense que leur usage est, au moins dans certaine mesure, conditionné par leur histoire.

Reprenons l'histoire de mon amie. Le mec était tout ce qu'il y a de plus tolérant. Il reconnaissait à son pote gay le droit de l'être tout en niant le caractère naturel et normale de son homosexualité.

Ici, le rapport à la vérité peut être religieux et/ou naturel (entendre ici pseudo-scientifique) et/ou normatif.

Maintenant je demande : du coup est ce que la tolérance, c'est ce que l'on peut attendre de mieux de la part de la société ?
C'est très bien d'"accepter" les différences de l'autre, mais considérer cette différence comme contre nature et anormal (ce qui est la définition même du monstrueux) c'est à mon sens loin du respect. 
Je pense que respecter et tolérer ce n'est pas la même chose, et que le respect est préférable, souhaitable. Mais le respect est il exigible ? Si tout le monde est capable de tolérer, qu'en est il du respect ?

Le message de tolérance qui est répété, encore et encore, surtout depuis les attentats, est à mon sens un peu trop généralisé. Si la tolérance c'est génial au niveau religieux (peut être est ce le meilleur que l'on puisse obtenir ?) et permet la cohésion sociale (ou du moins la coexistence pacifique), sur le sujet de la sexualité je ne pense pas.
Lorsqu'il s'agit de religion, il y a confrontation de plusieurs autorités, ce n'est pas un combat personnel, il revêt un caractère social voire sociétale. Alors qu'avec l'orientation sexuelle, du moins dans un premier temps, le temps de la découverte, de l'acceptation de soi (peut être le temps le plus important), c'est le rapport d'une personne face à la société, à l'image qu'elle lui renvoie.  Tolérer, si c'est nécessaire, ce n'est pas suffisant. Je ne pense pas que la personne ayant dû subir la réaction de tout à l'heure l'ait très bien vécu. 
L'homophobie, je pense, ce n'est pas seulement refuser l'homosexualité, c'est comme son nom l'indique, en avoir "peur".  On peut tolérer quelque chose sans pour autant la respecter.

Je tiens à préciser que tout ceci n'est que mon avis personnel (voué à évoluer bien sûr), que je peux (et c'est probable) m'être trompé dans mon analyse. Je demande vos avis éclairés sur ce sujet ^^

Je vous laisse sur une citation de Goethe : 

"La tolérance ne devrait être q'un état transitoire. Elle doit mener au respect. Tolérer c'est offenser."






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Ancien membre
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La réflexion du mec sur le «pas normal et contre nature» est assez discutable certes, mais le principe de sa tolérance prend quand même du sens car il accepte tout de même quelques chose qui va à l'encontre de ses convictions. Sinon, c'est assez simple de tolérer quelques chose que l'on considère normal à la base, genre «ah t'as des cheveux ? T'inquiète je tolère». Une fille de ma classe à dit quasi la même chose avec «jtrouve ça contre-nature, mais ça veut pas dire que c'est pas bien !». Bref, elle a au moins compris qu'on faisait ce qu'on veut, donc jtrouve pas ça particulièrement homophobe. Tolérance et respect jpense que ça se vaut (même si tes convictions/ta nature divergent beaucoup des miennes, jadmet que tu as le droit et je tinsulterais pas pour cela), par contre ça n'oblige pas a s'en faire des amis .. voilà voilà

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Dans ce cas (les cheveux) je pense pas que ça soit de la tolérance, je vois plus cela comme un abus de langage... Mais bon je peux me tromper ^^

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Ancien membre
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Je pense qu'en effet la remarque de cette personne est tout à fait tolérante. 

Je ne vois pas en quoi c'est intolérant de dire je n'aime pas mais tu as le droit de vivre comme tu le souhaite.
Chercher à en vouloir plus, ce serait forcer les gens à apprécier, hors la on sort justement de la tolérance. Si dès à présent la totalité de l'humanité laissait vivre les personnes tranquilles sans forcément dire "j'aime", le monde serait déjà beaucoup plus en paix. Et cela ne concerne de loin pas que l'homosexualité.

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Attention ça va être le tour du message idéaliste qui se plonge en pleine utopie ;)

Le mieux serait que le mot tolérance même disparaisse pour l'homosexualité (ou quoique ce soit d'autre) puisque que cela voudrait dire que ce serait enfin rentrer dans la normalité pour les gens.

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Ancien membre
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La tolérance... n'est-ce pas lorsque nous avons conscience d'une chose que l'on ne peut changer ?
Soit on l'accepte, soit on la refuse... Tolérance ou intolérance...
Ma modeste pierre à l'édifice^^

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Ancien membre
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Pour le fait de «faire enfin l'homosexualité quelques chose de normal», justement c'est là que jy vois une nuance. Comme l'a dit la fille de ma classe ou le pote de l'auteur du sujet : c'est pas parce que c'est considéré par eux comme contre-nature que c'est mal. En fait, jtrouve que la notion de normal/anormal (qui est très relative) n'a pas grand chose à voir avec celle de mal et de bien.
Des choses considérées comme anormales peuvent être neutres voir bénéfique (avoir 6 bras pour un être humain c'est pas très naturel mais ça simplifie la vie... et etre lesbienne ça évite de se prendre la tête avec la pillule... bref), tout comme des choses «normales» de la vie de tous les jours sont néfastes. Donc le jour où l'on aura plus peur d'être classé ou non comme normaux, tant que les autres nous laissent vivre notre vie... 

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Moi y  a un truc qui me choque quand même dans le témoignage apporté c'est le terme "contre nature". Deux personnes qui s'aiment c'est naturel non ? Pourquoi ce serait plus nature qu'un homme aime une femme qu'un aime qui aime un autre homme ? C'est surtout ça qui m'énerve. 

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Ancien membre
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Et bien il y a le "contre nature" des tabous et autres religieusetées... auquel il convient d'opposer la vision "naturelle" qu'en avaient les peuplades de l'antiquité...

Et il y a le "contre nature" du fait de la reproduction, la survie de l'espèce... L'espèce humaine a besoin des 2 sexes pour se reproduire ;)

Donc en fonction de la conversation, on choisira le sens :)

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Donc j'élimine le sens religieux d'office, désolé je suis un pur athée pratiquant ! :p

Alors prenons le deuxième sens de la reproduction et surtout la "survie de l'espèce". J'ai pas l'impression que le monde entier est envie de devenir homo non plus et au vu de la surpopulation de la planète, j'ai pas l'impression que notre espèce soit en péril.... 

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Ancien membre
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Mais si tu as le droit d'éliminer le sens religieux, j'aime autant te dire qu'en général, le "contre nature" de la majorité des gens vient des 19è et début 20è siècles... et donc des tabous lool...
Tiens, la même époque où il fallait un héros à la patrie et paf, c'est tombé sur Vercingétorix.... et ça perdure mouahahah...

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Ancien membre
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Contre-nature ça veut tout rien dire, pour moi l'homosexualité est naturelle car les pulsions qui y mène le sont.
Pour d'autres ça veut dire que si tu n'utilise pas de façon logique ce que la nature t'as donné (un pénis ou un vagin pour te reproduire), alors t'es hors des "lois" de la nature. En gros certains ont du mal avec ce qui ne peut être expliqué, et qui remettrait en cause l'idée que la finalité du sexe et de la libido, c'est de procréer. Cependant pour moi être homophobe, ce serait d'y additionner le refus de cette difference. Alors que certaines personne ne comprenant pas cette difference (et donc, la trouvant d'une certaine façon contre-nature), ne la rejette pas pour autant... c'est là que la valeur de tolérance prend de son sens pour moi, car tolérer quelque chose que l'on comprends déjà, c'est facile, c'est... normal. Mais tolérer ce qui est loin de nos convictions intimes, notre façon de voir le monde et notre vision de la normalité, c'est déjà un bon signe d'ouverture d'esprit.... ça prouve que l'on est pas obligé d'être étiqueté "normaux" par eux pour qu'ils nous laisse vivre en paix.

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