Etre en couple avec une personne non-binaire: témoignages de binaires ?

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Occamj
26/06/2023 à 09:03

Je me suis récemment interrogée, à la lecture des témoignages des personnes non-binaire du forum, si les couples non-binaire/binaire présentaient des caractéristiques spécifiques. En particulier, la personne binaire se pose t-elle des questions sur son orientation sexuelle ? Ou bien finalement, la non-binarité intègre-t-elle le couple lui-même, qui devient donc un "couple non-binaire" ?

Et à l'inverse, si une personne (binaire) vous dit que votre non-binarité l'empêche d'avoir une relation romantique avec vous, vous sentez-vous ...rejeté.e ? Est-ce de la non-binarophobie ? Apparemment on pourrait parler de diaphobie 😅 . Bref, à vous la parole, les non-binaires. Ceci est une demande sincère et naïve.

Merci de veiller à éviter de blesser par des prises de position à l'emporte pièce, comme déjà parfois constaté sur le forum trans.

avatar contributeur de Némésis Inu
Némésis Inu
26/06/2023 à 11:32

Hello @occamj, il serait bien du coup de rappeler ce qu’est la ( non) binarité 🙂

Post intéressant, hâte d’en lire les différents témoignages !👍

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Occamj
26/06/2023 à 16:05

Hello @occamj, il serait bien du coup de rappeler ce qu’est la ( non) binarité

Ah tu vas m'obliger à aller chercher le topic avec les définitions alors... je fais ça dès que je peux...

avatar contributeur de Némésis Inu
Némésis Inu
26/06/2023 à 16:12

Citation de Occamj #462344

Mon côté sadique aime te faire bucher 😁

avatar ancien membre
Ancien membre
27/06/2023 à 12:22

Je peux témoigner en tant que non binaire, la non binarité n'a jamais été abordée dans mes précédentes relations car je n'en avais pas conscience moi-même, j'étais dans le camouflage et je souffrais de transphobie intériorisée.

Je pense que mes anciennes compagnes n'avaient pas conscience non plus d'être avec un nb. Déjà il faut connaître ce genre, et je faisais en sorte de le masquer.

Je ne pense pas que le partenaire d'un.e non binaire s'interroge sur sa propre sexualité mais après tout je ne suis pas à leur place pour le savoir.

Malgré mes efforts de camouflage et d'auto persuasion j'ai pas mal de fois été éconduit, ou on m'a rapporté que telle personne me trouvait pas mal mais que ça ne pourrait pas aller plus loin car j'étais "trop gentil".

On me l'a dit souvent et je l'ai entendu par l'intermédiaire d'autres personnes. J'ai toujours pensé que ces personnes resentaient ma non binarité, ma différence.

En tout cas mon manque de masculinité.

Mais je ne me sentais pas plus rejeté que quelqu'un peut l'être pour d'autres raisons.

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Narikya
26/02/2024 à 15:25 - 04/03/2024 à 09:49

Le témoignage précédent (oui, je sais, je fais de l'archéologie) va dans le sens des réflexions que l'on peut trouver sur l'intéressant blog (https://genderdysphoria.fyi/), notamment le passage sur les relations amoureuses :

"Par exemple, j’ai moi-même réalisé, après avoir fait mon coming out auprès de ma femme, que toutes mes tentatives de rencontres antérieures avaient été absolument saphiques par nature. Mon premier réflexe avait toujours été de devenir un bon ami de ces personnes. Les rendez-vous n’étaient jamais qualifiés de rencart parce que nous nous asseyions et parlions quelque part, en traînant ensemble. Par conséquent, plusieurs de mes relations ont pris fin simplement parce que j’avais trop peur de faire le premier pas pour ne pas détruire l’amitié. Je passais la moitié de la journée à penser à elles et à vouloir être près d’elles, non pas par désir sexuel, mais par engouement personnel. Ma première petite amie m’a carrément dit, lors de notre premier rendez-vous, que je ne ressemblais à aucun homme qu’elle avait fréquenté parce que j’aimais parler au lieu d’essayer d’être physique. Elle a rompu avec moi deux mois plus tard parce que je n’avais pas l’assurance qu’elle attendait d’un partenaire."

Alors, on est là dans le témoignage d'une femme trans, pas véritablement d'une personne non-binaire, mais c'est une expérience dans laquelle je me retrouve.

Mon premier amour m'avait dit peu avant de me quitter que vivre avec moi, c'était comme être en couple avec un enfant, un bébé. Ce qui en dit long sur la virilité que je dégageais à ces yeux. Elle préféra retourner auprès de son ex, le macho de base qui la trompait sans cesse et plus vingt ans plus tard m'avoua qu'elle avait aussi été effrayée parce que je lui proposais "un vrai amour"... Et qu'elle ne savait pas comment répondre à ça.

L'impression que j'ai, c'est que les compagnes que j'ai eues (les relations qui ont eu une certaine réalité) ont été en même temps touchées par ma manière d'être.

Au point pour la première de m'envoyer une lettre d'excuse tous les dix ans et de se tourner vers moi à chaque rupture de sa vie, comme une sorte de recours possible... de point d'appui... et elle me décrit encore comme un des 3 elfes qui ont marqué sa vie et l'une des trois seules personnes dont elle accepte des reproches - les gens sont bizarres parfois).

Au point pour ma compagne de n'avoir jamais vraiment su comment me quitter.

Je ne saurais dire en quoi ça tient, ça reste mystérieux à mes yeux.

Et en même temps, agacées par ce côté trop doux, trop mélancolique.

Heureuses d'avoir une personne qui les écoute vraiment, saoulées de devoir lui rendre la pareille.

Comme s'il était contre-nature pour elles d'avoir un côté protecteur/maternel/empathique, mais que c'était agréable que moi, je l'ai.

Et agacées par mon manque d'assurance, de prise en main des choses.

Après, est-ce spécifique aux non-binaires ou juste à ma modeste personne en ma psychologie particulière ?

Néanmoins, les conversations en mp que j'ai pu avoir avec des hommes non-binaires comme moi sur Beto allaient dans ce sens avec la même ambiguïté rejet/attirance de beaucoup de nos compagnes.

L'article suivant traite de cette problématique si tu es intéressée : https://www.taylorfrancis.com/chapters/edit/10.4324/9781003015888-18/197-love-love-neither-romantic-partners-affirmations-nonbinary-trans-individuals-paz-galupo-lex-pulice-farrow-zakary-clements-ezra-morris?context=ubx&refId=417fba04-f30a-467f-85a9-cc009e0fc3bd

avatar contributeur de Harmonique
Harmonique
08/06/2024 à 16:53

Force est de constater que les témoignages de binaire en couple avec des non binaires ne sont pas légions sur le forum.

Sans doute nous n'avons pas assez de recul pour tirer des conclusions. Nous ne sommes qu'une poignée ayant dépassée la quarantaine à s'autodéterminer non-binaire. Les plus jeunes rejettent dans des proportions plus importantes les codes du patriarcat mais au moment de passer dans une relation de couple vont ils s'affranchir du rôle assigné à la femme et celui assigné à l'homme.

Depuis le début de cette nouvelle vie qui m'a permis de répondre à des questions que je me suis toujours posée, je ne vois que des similitudes avec nos sœurs binaires (difficultés à maintenir un couple, rejets d'une partie de nos proches, besoin de s'éloigner de notre enveloppe masculine). La différence réside essentiellement sur la plus ou moins grandes acceptation de notre corps d'origine et la possibilité de se mouvoir avec celui-ci.

Je pense qu'en matière de couple nous n'avons pas plus de facilité à nous faire accepter sauf de le cacher et de jouer un rôle qui n'est pas le notre. Encore faut-il pouvoir le jouer, je me reconnais totalement dans le témoignage de Narikya. J'étais dans l'incapacité de prendre le contrôle d'une relation charnelle, ni même de réagir aux sollicitations.

avatar contributeur de Narikya
Narikya
09/06/2024 à 18:02

Citation de Harmonique #512001

Des mots qui sonnent juste. Précis. Saisissants.

Plus le temps s'avance, les discussions, les expériences, plus je ne perçois de réelle possibilité de bonheur que dans les bras d'une personne qui serait justement charmée par notre ambiguïté et la variété de nos facettes, une personne qui serait apaisée, grisée, comblée par le bonheur d'avoir un.e compagne.on qui soit parfois si féminine, parfois masculine, selon notre mix interne ou ni l'un ni l'autre, par ce chemin étonnant qui viendrait quelque part compléter un besoin chez elle.

Une bonne amie à moi m'adore positivement et m'aurait volontiers jeté dans son lit si je n'étais déjà pris a su créer avec moi un lien unique aussi parce que la femme en elle est tourmentée, qu'elle est en même temps avide d'une certaine image classique et sensuelle de féminité et en même temps que les dures épreuves l'ont amené à se construire une carapace en acier blindé et un mode de relation aux autres très masculin, notamment pour ne plus être perçue comme une victime potentielle et dans une volonté de reprendre en main son destin.

Et paradoxalement, c'est mon extrême fragilité qui seule a su percer l'armure, parce que j'étais un mec incompréhensible. Que l'on ne pouvait pas me mener par le bout du nez avec les trucs habituels. Que sa panoplie blindée et un peu cynique ne fonctionnait pas et qu'en plus en sentait en moi la même plaie purulente qu'en elle, les traumas, les tourments et une douceur qu'elle a toujours désirée tout cela dans l'enveloppe d'un homme.

Avec cette ambiguïté de mon côté protecteur par le langage, ma capacité à discuter avec elle pour tenter de limiter ses routines d'auto-dénigrements et l'aide que j'ai pu lui procurer pour ses études, et en même temps de mon côté porcelaine, dentelle, hyperfragile, hyper facile à blesser.

Le hasard a fait que cela a frappé au cœur et que j'ai gagné une confidente et amie.

De même, c'est une demoiselle bisexuelle qui porta la première un regard charmé sur ma particularité. Là encore, une fille solide, gouailleuse, blindée, mais désarçonnée par ce garçon autre, dont la manière d'être frappait sous l'armure.

J'ai cette impression, cette intuition (mais cela demanderait à être exploré, vérifié) que les êtres comme nous touchent plus particulièrement des compagnes (et probablement des compagnons) qui ont elles-mêmes un rapport un peu complexe à leur propre genre.



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