Mon livre -2- Dysphorie de genre

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Sylphide
02/05/2021 à 13:28

Je me rends compte que le chapitre 2 est beaucoup plus difficile pour moi d'écrire, car c'est un passage qui n'est pas totalement accompli, achevé... la dysphorie est une maladie qui me ronge depuis de longues années.

Je me permets d'ajouter le lien du premier chapitre, peut-être qu'il y aura des éléments que vous voudriez lire, ou relire, découvrir, ou redécouvrir...

https://betolerant.fr/forum/19351/mon-livre-1-mon-enfance

La raison principale pour laquelle j'ai poussé.e la porte de Betoland, est que j'aimerais avoir des précisions sur mon identité, qui n'est encore en ce jour, mal définie, et j'en souffre terriblement, cela m'empêche de vivre, tout simplement.

J'ignore pourquoi ces dernières années j'ai voulu mettre un masque, un mouchoir dessus, mais on ne peut pas faire cela avec l'identité, cela ne nous procure que de la souffrance.

Dans mon enfance, je n'ai jamais vraiment eu de signes distinctif garçon/fille, j'avais simplement une hypersensibilité, des émotions, des ressentis que j'ai détecté(e)s très tôt simplement.

Cela paraît peut-être un peu succin, mais c'est grâce aux médias, les reportages à la télé, à la musique, le visual kei, ces membres de groupes androgynes qui ont été des éléments déclencheurs, des clefs pour les recherches de mon identité, tout ceci à porté ses fruit assez tardivement finalement...

Dans la vie, j'ai toujours été quelqu'un de profondément seul(e) je n'avais personnes pour parler de cela autour de moi.

Plus tard, lorsque j'ai pu mettre des mots sur l'androgynie, la transidentité, j'ai pris contact avec une association lgbtquia+ de ma ville (ANGERS ma ville d'origine), Quazar, j'ai voulue m'inscrire, car je voulais des réponses à savoir qui j'étais, et cela m'a permis(e) de sortir de temps en temps de ma chrysalide, je me maquillais durant les journées de rassemblement et les pride, cela me faisait beaucoup de bien, ce côté militant en moi me manque, car désormais je vis sur ALBI, il y a certe une assos, mais elle ne bouge pas beaucoup, je sais avec le covid, c'est encore plus calme.

J'aimerais vous raconter une anecdote pour que vous puissiez comprendre mon environnement familial, fasse à mon identité.

Lorsque j'étais en formation de bijouterie, j'avais 21-22 ans, je me souviens d'un vendredi ou je finissais toujours à midi, c'était la fin de la semaine, j'étais resté(e) avec un pote gothique qui lui avait beaucoup plus de facilité à sortir lui-même, le regard des gens le laissait complètement indifférent.

Nous sommes allé(e)s faire les boutiques ensemble, pour aller acheter du maquillage et un moment, il m'a dit qu'il voulait qu'on teste nos produits pour continuer notre promenade, il avait une telle confiance en lui, que j'ai accepté(e). Un simple mascara et du vernis me rendais fier et en confiance, une partie de mon masque s'écaillais grâce à ça, je laissais enfin respire ce joli imago enfermé dans cette chrysalide noirâtre, j'étais heureux(se).

A cet âge-là, je vivais encore chez mes parents, et malheureusement nous ne vivions pas sur ANGERS même, mais dans un village à 20minutes, nous avons tardé(e)s pour rentrer et malheureusement il n'y avait plus de bus pour me reconduire chez moi.

Je n'avais pas d'autre choix que d'appeler ma maman pour venir me chercher, à ce moment-là j'ai compris que la soirée allait être mouvementée, car j'étais encore maquillé le soir. Je sais qu'avec ma maman les choses allais plutôt bien se passer, elle comprenait quand même ce que je vivais. Elle le savait, car je passais mon temps piquer ses vêtements, nous faisons tout les 2 une taille 36 en pantalon, après pour les hauts les choses étaient plus compliqués, j'ai des épaules plus larges, et puis nous faisions les boutiques ensembles de temps en temps...

Bien que parfois, je sentais dans son regard, dans ces yeux, une gène qui me rendais triste.

Lorsque nous sommes rentrés, que j'ai dû pousser la porte de la cuisine, j'ai vu mon père, attablé, à côté de mes couverts, il m'a regardé, il m’a observé, de longues secondes se sont écoulés, et là il a mis sa tête dans ses mains et ces mis à pleurer, j'ai compris que ce soir-là, je n'avais rien à faire en bas et que je devais aller me coucher sans manger comme beaucoup de soirs.

Je ne dis pas que c'est facile, mais mon papa a confondu mon identité avec ma sexualité, il m'a dit que si j'étais homosexuel, il me mettrait à la rue, et ne voudrais plus entendre parler de moi.

La sexualité est une chose, comme j'ai dit dans le premier chapitre, j'ai eu une unique relation amoureuse dans ma vie avec une femme cis, et rien d'autre, bien avant ce chemin que je fais pour essayer de comprendre qui je suis.

Mais avant de penser à une vie de couple, je veux comprendre qui je suis vraiment, je ne veux pas faire souffrir quelqu'un, je veux être clair dans ma vie.

Je sais que c'est débile de dire cela, mais lorsque j'avais la petite vingtaine avec mes cheveux longs, c'était plus facile pour moi de m'apprécier, de m'aimer.

Après cet âge-là, la brume épaisse grisonnante de la dysphorie a commencé à pointer le bout de son nez, et parfois avait raison de moi, parfois je voulais mettre un mouchoir dessus, plus jamais y penser, je me disais je vais rentrer dans le moule et puis tampis. Cela a duré très longtemps, de longues années se sont écoulées, et je ne garde rien, une simple perte de temps.

Il n'y a pas si longtemps, lorsque j'ai pris connaissance de la non-binarité, je me suis dit qu'un nouveau fil d'Ariane se clairsemait dans ce brouillard.

Parfois j'ai l'impression que je me suis approprié ce terme pour des mauvaises raisons, c'est comme si elle a eu un rôle de revendication de ma marginalité envers la société.

"Je déteste ce monde non binaire qui m'entoure, alors je casse tous les codes et je serais toujours différent de vous."

"Puisque je n'arrive pas à atteindre l'échelle si haute de la féminité que j'ai envie d'avoir, bah c'est cool, je m'engouffre dans un autre chemin et je brise tous les codes de la société.

Biensur ma prochaine étape va être de discuter avec des personnes transgenres comprendre leurs chemins de vie, mais à l'heure actuelle, je ne sais pas si je me sens non-binaire ou bien si je me sens une femme transgenre.

Au fond de moi au plus profond de mon être, ce trésor rempli d'émotions fortes, de ressentis, d'hypersensibilité, tout ce que j'ai laissé(e) dans cette mâle si précieuse en moi, tous ces éléments si chers que nous avons fabriqué, échangés collectés ma sœur et moi, je ne peux pas m'empêcher de l'associer à la féminité, certainement à cause des stéréotypes qui traîne de par la société...

Le point noir qui fait que je doute entre l'étiquette "femme trans" et personne "non-binaire" vient de mon physique, je me trouve trop masculin, et je ne sais plus comment changer cela, j'ai arrêté(e) de penser à moi, je me suis oublié(e) moi-même, il y a une cassure dans ma vie d'avant et maintenant.

Je sais que je suis long(ue) mais en ce moment je pense que lorsque je me sentirais prêt(e) j'écrirais une lettre à ma maman, pour lui expliquer qui je suis, je sais que le coming out familial n'est pas obligatoire, mais pour moi, c'est important.

Depuis que je partage ce monde de Betoland avec vous, les choses avancent, je veux désormais aller au bout de mes questionnements, je ne peux plus me permettre de vivre dans mon sarcophage encore 15 ans, ce n'ai plus possible, je veux vivre en étant enfin moi-même, j'ai besoin de vous de votre soutien, je sais que je suis au bon endroit à vos côtés.

Merci pour tout ce que vous m'apportez.

Je vais placer la suite de mon livre à côté du chapitre 1, mais je ne suis plus tellement sûre que sa place est bien dans ce rayon de forum.

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Ancien membre
02/05/2021 à 14:04

En l'espace de 2 semaines, j'ai l'impression que tu as fait une pas de géantE. Et aussi c'est agréable à lire et de te suivre... Peu importe le rayon de forum où tes textes sont publiés ; on s'en fout.

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Pause
02/05/2021 à 14:43

Citation de Sylphide #361436

Merci pour ta confiance Sylphide 😉 tes textes sont beaux et émouvants ! Mon ressenti est que le jour où tu trouveras sur ton chemin la patte d'oie qui sépare le devenir de ta jumelle et le tien, tu auras plus de facilité à distinguer en toi où se situent l'être et l'avoir, l'identité et le désir. Dans ce domaine, aucun temps n'est perdu : il est offert, sacré, consacré à la quête (de la connaissance et l'amour) de soi, seul Graal capable de nous conduire à une rencontre amoureuse. Bon cheminement à toi, big hug !

avatar contributeur de Sylphide
Sylphide
02/05/2021 à 17:27

Inframince,

Moi qui suis ascendant(e) de la 7ème maison, la balance, est un signe qui se pose beaucoup de questions, qui à besoin de rétablir l'équilibre pour avancer, qui tarde pour passer à l'action.

La porte de votre monde, de notre monde, s'est présenté devant moi subitement après d'innombrables recherches, je n'ai pas hésité(e) une seule seconde pour l'ouvrir, je savais que des clefs pour continuer ma route étaient là, je me devais de rencontrer des gens qui vivent qui ont vécu qui connaissent la vie similaire à la mienne.

Cela fait du bien de se dire que l'on n’est pas seul(e), enfin !

Doremi,

Tu penses que ma sœur à encore un rôle important à jouer avec mon identité ?

Je suis ravi(e) que vous soyez touché(e)s par mes textes, je ne cache pas que j'aime toucher les gens.

avatar contributeur Pause
Pause
02/05/2021 à 20:46

Citation de Sylphide #361459

"Tu penses que ma sœur à encore un rôle important à jouer avec mon identité ?"

Il se peut qu'il te reste des réminiscences de ce parcours de vie !? Si c'est le cas, distinguer son féminin du tien, qui n'appartient qu'à toi, sentir qu'elle veille certainement sur toi mais à sa place de sœur, sans interférer dans ta vie perso et amoureuse, l'imaginer te lâcher la main en confiance, comme on fait s'envoler des lanternes thaïlandaises dans le ciel, tout ça peut alléger ton cheminement pour que les traces d'énergie de la perte et du deuil laissent place à l'énergie de la joie, la certitude que ta conscience profonde (l'univers) te conduit vers plus de légèreté, de bonheur, un pas après l'autre...

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Ancien membre
12/09/2021 à 00:00

J n ai pas les mots. Mais je comprend ce que tu dit. soutien. 😘

avatar contributeur de Ludidivine
Ludidivine
12/09/2021 à 00:16

Citation de Sylphide #361436

Il y a une force qui s'exerce sur les personnes comme nous, à laquelle ne sont pas réceptives d'autres personnes. C'est la force qui te pousse à chercher qui tu es, et quand ce 'qui suis-je" vient remettre en question le genre que la nature t'a donné...plus ou moins clairement d'ailleurs, eh bien le recepteur que nous sommes ne peut que se mettre en action, se mettre en route...les années sont parfois si longues, avec des remises en question, des renfermements sur soi, des colères vis à vis du monde et de son incompréhension (celle que tu évoques).

Où s'arrête notre quête? chacune et chacun est le seul à le savoir...lorsque la dite quête se termine, lorsuq'on se sent en équilibre avec soi même (cf le beau topic de missKim que je viens de voir dans les forums, j'ai adoré le point important de s'aimer soi meme, qui pour moi est le plus fondamental).

Alors oui, être perdue c est si fréquent qu'on n en compte plus les fois, mais tant que cette force agit, elle nous éclaire le chemin en meme temps. C'est merveilleux de se dire qu'on devient VRAIMENT ce qu'on est, combien de personnes sur terre peuvent VRAIMENT en dire autant, qu'il s'agisse de genre ou d'autre chose d'ailleurs? moi, c'est toujours cela qui m'a guidé

Je termine en écrivant que tes textes étaient aussi touchants que bien écrits (la portée des mots).



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