SOS Homophobie décortique la lesbophobie

Membre Anonyme

C’est un projet de longue haleine qu’a mené l’association SOS Homophobie. À travers une enquête commencée en 2013, l’association analyse et passe au crible les témoignages de 7 126 femmes lesbiennes ou bisexuelles.

Après avoir arpenté la France entière à la recherche de témoignages, ce qui a permis d’avoir un panel composé à 60% de femmes résident hors Île-de-France, SOS Homophobie met en exergue les difficultés auxquelles sont confrontées les homosexuelles mais aussi les bisexuelles, souvent oubliées tant par la communauté que par les enquêtes.

Visibilité, conditions de vie dans l’espace public, représentation sur internet, violences, contextes familiaux, les objets étudiés sont divers et variés et contribuent à renforcer l’objectivité des chiffres avancés.

L’espace public, zone de danger

Selon l’infographie de l'inter-LGBT, encore 50 pays sur les 193 recensés à l’ONU considèrent encore les relations lesbiennes illégales. Pourtant, si la situation française demeure bien meilleure, la lesbophobie fait encore rage et 59% des femmes ayant répondu à l’enquête d’SOS Homophobie affirment en avoir été victimes.

Les conséquences sont nombreuses, la première étant la crainte de l’espace public. Les manifestations d’affection en public sont rares et seules 25% des interrogées déclarent se tenir la main peu importe le contexte. Et pour cause, dans l’espace public, ce sont bien souvent des groupes d’hommes qui prennent à parti les victimes. Insultes et moqueries sont les actes les plus courants, mais cela peut aller bien plus loin, certaines des interrogées témoignant même d’agressions sexuelles ayant pour principal motif leur homosexualité.

SOS Homophobie décortique la lesbophobie

Extrait du rapport

Cependant, celles qui ont accepté de témoigner sont bien loin d’être une majorité de celles qui sont victimes de lesbophobie. C’est d’ailleurs l’un des résultats les plus surprenants de l’enquête. Tania Lejbowicz, co-référente de la commission chargée de la lesbophobie à SOS Homophobie, contactée par Konbini, confirme :

Tania Lejbowicz continue en affirmant que les victimes ignorent ou minimisent souvent le caractère lesbophobe de comportements qu’elles ont pourtant vécu :

SOS Homophobie décortique la lesbophobie

Extrait du rapport

Un silence imposé

Le silence des victimes est l’un des problèmes latents de la lutte contre la lesbophobie. Imposé par l’éducation, la société, la peur, les femmes ne sont en rien responsables de ce mutisme qui dessert pourtant la visibilité, et par là même le combat, des actes lesbophobes.

La parole des victimes est d’autant moins relayée que l’homophobie dont parlent régulièrement les médias tend, dans l’imaginaire collectif, à renvoyer aux hommes homosexuels.

L’enquête montre un très large inconfort des populations bies et lesbiennes. Souvent caché, camouflé, ce dernier est pourtant une réalité quand la lesbophobie pèse comme une menace permanente. Le contexte social français n’est pas une donnée à négliger, et pour cause, le clivage sur la question du mariage pour tous semble avoir réveillé haines et plaintes.

SOS Homophobie décortique la lesbophobie

Extrait du rapport

Un contexte peu prometteur

Les diverses manifestations et prises de position consécutives à l’introduction du débat sur la Loi Taubira ont donné lieu à de véritables traumatismes pour les populations LGBT. Ces dernières, aux prises avec des manifestants parfois virulents et des comportements décomplexés, ont ressenti le besoin de s’exprimer. Les femmes lesbiennes et bisexuelles ont suivi cette direction.

Pourtant, même si la France fait désormais partie des 14 pays à autoriser le mariage pour tous et des 15 pays permettant l’adoption pour les couples homosexuels, le problème de la lesbophobie reste très pregnant et semble s’inscrire dans la durée.

SOS Homophobie décortique la lesbophobie

Extait du rapport

La loi Taubira, adoptée mais encore peu approfondie, ne semble pas avoir eu un impact révolutionnaire sur la vie des populations LGBT. L’enquête d’SOS Homophobie pointe ainsi du doigt des problématiques ancrées en profondeur, tant dans les mentalités que dans le jeu gouvernemental.

Aussi, si une réelle avancée contextuelle est nécessaire à l’amélioration des lesbiennes et bisexuelles, le rapport participe à la visibilité d’un problème longtemps relégué au second plan à cause de l’habituelle domination masculine dont les médias jouent parfois le jeu.


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