La Bill House 2, une victoire pour la reconnaissance transgenre

photo de l'auteur Laera
Laera
Homme de 23 ans
Paris
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La Bill House 2, une victoire pour la reconnaissance transgenre
Depuis le 23 mars 2016, la Bill House 2 votée en Caroline du Nord oblige toutes personnes à n’utiliser les toilettes publiques qu’en fonction de son identité sexuelle de naissance. Loi discriminatoire au regard de la communauté transgenre, le texte a soulevé de nombreuses controverses sur le territoire américain. 

Controversée


En effet, dès la promulgation de la loi des voix très diverses se sont faites entendre à ce sujet :des artistes (Bruce Springsteen, Le Cirque du soleil) ont annulé concerts et spectacles en Caroline du Nord. De grandes entreprises, la Deutsche Bank, Paypal, ont renoncé à des projets d’investissement. Ces mouvements d’indignation rejoignent les mouvements des dirigeants de grandes entreprises (Facebook, Apple) qui ont écrit au gouverneur Pat McCrory pour signifier leur désapprobation, ou aussi, de manière plus particulière encore celui du site pornographique xHamster.com, ayant bloqué l’accès à ses vidéos dans cet État.


Alors que leParlement canadien, a approuvé trois jours avant, le 20 mars, un projet de loi condamnant les discriminations à l’égard des transgenres, cette loi américaine exhale le conservatisme à plein nez et donne une image bien peu tolérante des États-Unis.


Progrès ?


Au regard de ces nombreuses revendications, McCrory a fait savoir par message vidéo que le champ d’application du texte de loi avait été restreint : si la loi reste valide dans les écoles ou les bâtiments administratifs, « le secteur privé est libre d’appliquer ses propres règles concernant les toilettes, les vestiaires et/ou les salles de douche », a-t-il affirmé.


Cette loi peut sembler quelque peu aride (il y est question d’accès aux toilettes), mais il faut savoir qu’à l’égard des transgenres, l’accès aux toilettes publiques est quelque chose de profondément problématique selon certains témoignages : les toilettes sont un lieu de jugement et de prise de risques pour les transgenres. Considérés comme des hommes s’introduisant dans les toilettes pour femmes ou inversement, les plus intolérants leur greffent l’étiquette de « prédateur sexuel » . Dès lors, entre paranoïa et délires sécuritaires et discriminants, des sénateurs vont jusqu’à proposer des lois de criminalisation de ces personnes (qui pourraient être condamnées à 1 an d’emprisonnement et 5000 dollars [environ 4,500 euros] d’amende) pour seul motif de ne pas être perçues comme « vrai homme » ou « vraie femme », un jugement à la va-vite, et sans valeur.


Justice, tolérance et « avancée historique »


Le 4 mai dernier, au regard du recul insuffisant de cette loi qui enfreignait plusieurs lois fédérales sur les droits civiques, le ministère de la Justice a ordonné le retrait de cette loi au plus tard le lundi 9 mai. Pat McCrory a alors saisi la justice américaine afin de faire valider sa mesure quelques heures avant que le ministère de la Justice ne réplique en portant plainte à son tour contre la Caroline du Nord. C’est finalement un tribunal qui au regard de la situation devra évaluer si cette loi du 23 mars va à l’encontre des principes d’équité et d’intégration garantis aux citoyens américains comme l’a affirmée la ministre de la justice Loretta Lynch.


Selon la ministre, « Cette action dépasse largement le cadre des toilettes. Il s’agit de la dignité et du respect que nous accordons à nos concitoyens et des lois que nous, en tant que peuple et en tant que pays, avons promulguées pour les protéger – en fait, pour nous protéger tous. »


Il semble que les transgenres se soient trouvés un fervent défenseur : son discours se veut unitaire et brillant de tolérance et de bienveillance.


Sachez bien que l’histoire est dans votre camp. Ce pays a été fondé sur la promesse d’accorder les mêmes droits à tous, et nous sommes toujours parvenus à nous rapprocher de cette promesse, petit à petit, un jour à la fois. Cela ne sera peut-être pas facile –mais nous y arriverons ensemble. »

En inscrivant cette lutte pour les droits des personnes transgenres dans l’histoire des États-Unis, Loretta Lynch donne une place à cette communauté oubliée et négligée de la part de la plupart des gouvernements. Il semble évident que cette « place historique » est un réel écho à la politique ségrégationniste des années 50, dont Rosa Parks est devenue l’emblème. En faisant un parallèle à cette politique discriminante, Loretta Lynch se lance, comme Rosa Parks avant elle, dans cette lutte pour les Civil Rights, mais au regard des transgenres aujourd’hui. Les toilettes deviennent ainsi davantage un emblème qu’une simple affaire de confort.


Ainsi, à cet égard, dès le 13 mai, l’administration Obama a fait entendre aux écoles publiques américaines la nécessité de laisser aux étudiants transgenres la liberté d’aller dans les toilettes de leur choix.


Et Ailleurs ? 


Toutefois, si ces affaires de toilettes représentent une telle importance, en ce qu’elles déterminent aujourd’hui le pouvoir du genre, ce problème ainsi que la problématique transgenre ne sont nullement abordésdans de nombreux pays, en France notamment.


Depuis 1992, alors que la Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné  la France du fait de la difficulté de vouloir modifier son état-civil, aujourd’hui, cela n’a que peu changé. De nombreuses associations ne sont pas satisfaites d’aussi lentes évolutions. La question transgenre est en France un tabou. Cela est d’autant plus frappant que des pays moins riches, moins épanouis culturellement comme la France dans son idéal esprit de tolérance (tels l’Argentine, le Népal ou la Colombie) ont déjà établi des mesures aux égards des personnes désirant changer de sexe, voire ont déjà mis-en-place des toilettes non genrées, comme au Canada.


Les « toilet studies » répandues aux Etats Unissont bien loin d’être bienvenue encore, quand on voit un tel tabou mais aussi les crises politiques lors de la proposition de loi du mariage pour tous, comme le souligne Marie-Hélène Bourcier.


Ainsi, le pays des droits de l’Homme a peut-être encore du mal à accepter qu’« Homme » ne soit pas l’équivalent d’« homme » et l’on ne peut que déplorer ce retard civil et moral dans le beau pays des libertés...


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Date de publication : 17/07/2016 à 03:42



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Laera
Homme de 23 ans
Paris
Depuis le 23 mars 2016, la Bill House 2 votée en Caroline du Nord oblige toutes personnes à n’utiliser les toilettes publiques qu’en fonction de son identité sexuelle de naissance. Loi discriminatoire au regard de la communauté transgenre, le texte a soulevé de nombreuses controverses sur le territoire américain. 

Controversée


En effet, dès la promulgation de la loi des voix très diverses se sont faites entendre à ce sujet :des artistes (Bruce Springsteen, Le Cirque du soleil) ont annulé concerts et spectacles en Caroline du Nord. De grandes entreprises, la Deutsche Bank, Paypal, ont renoncé à des projets d’investissement. Ces mouvements d’indignation rejoignent les mouvements des dirigeants de grandes entreprises (Facebook, Apple) qui ont écrit au gouverneur Pat McCrory pour signifier leur désapprobation, ou aussi, de manière plus particulière encore celui du site pornographique xHamster.com, ayant bloqué l’accès à ses vidéos dans cet État.


Alors que leParlement canadien, a approuvé trois jours avant, le 20 mars, un projet de loi condamnant les discriminations à l’égard des transgenres, cette loi américaine exhale le conservatisme à plein nez et donne une image bien peu tolérante des États-Unis.


Progrès ?


Au regard de ces nombreuses revendications, McCrory a fait savoir par message vidéo que le champ d’application du texte de loi avait été restreint : si la loi reste valide dans les écoles ou les bâtiments administratifs, « le secteur privé est libre d’appliquer ses propres règles concernant les toilettes, les vestiaires et/ou les salles de douche », a-t-il affirmé.


Cette loi peut sembler quelque peu aride (il y est question d’accès aux toilettes), mais il faut savoir qu’à l’égard des transgenres, l’accès aux toilettes publiques est quelque chose de profondément problématique selon certains témoignages : les toilettes sont un lieu de jugement et de prise de risques pour les transgenres. Considérés comme des hommes s’introduisant dans les toilettes pour femmes ou inversement, les plus intolérants leur greffent l’étiquette de « prédateur sexuel » . Dès lors, entre paranoïa et délires sécuritaires et discriminants, des sénateurs vont jusqu’à proposer des lois de criminalisation de ces personnes (qui pourraient être condamnées à 1 an d’emprisonnement et 5000 dollars [environ 4,500 euros] d’amende) pour seul motif de ne pas être perçues comme « vrai homme » ou « vraie femme », un jugement à la va-vite, et sans valeur.


Justice, tolérance et « avancée historique »


Le 4 mai dernier, au regard du recul insuffisant de cette loi qui enfreignait plusieurs lois fédérales sur les droits civiques, le ministère de la Justice a ordonné le retrait de cette loi au plus tard le lundi 9 mai. Pat McCrory a alors saisi la justice américaine afin de faire valider sa mesure quelques heures avant que le ministère de la Justice ne réplique en portant plainte à son tour contre la Caroline du Nord. C’est finalement un tribunal qui au regard de la situation devra évaluer si cette loi du 23 mars va à l’encontre des principes d’équité et d’intégration garantis aux citoyens américains comme l’a affirmée la ministre de la justice Loretta Lynch.


Selon la ministre, « Cette action dépasse largement le cadre des toilettes. Il s’agit de la dignité et du respect que nous accordons à nos concitoyens et des lois que nous, en tant que peuple et en tant que pays, avons promulguées pour les protéger – en fait, pour nous protéger tous. »


Il semble que les transgenres se soient trouvés un fervent défenseur : son discours se veut unitaire et brillant de tolérance et de bienveillance.


Sachez bien que l’histoire est dans votre camp. Ce pays a été fondé sur la promesse d’accorder les mêmes droits à tous, et nous sommes toujours parvenus à nous rapprocher de cette promesse, petit à petit, un jour à la fois. Cela ne sera peut-être pas facile –mais nous y arriverons ensemble. »

En inscrivant cette lutte pour les droits des personnes transgenres dans l’histoire des États-Unis, Loretta Lynch donne une place à cette communauté oubliée et négligée de la part de la plupart des gouvernements. Il semble évident que cette « place historique » est un réel écho à la politique ségrégationniste des années 50, dont Rosa Parks est devenue l’emblème. En faisant un parallèle à cette politique discriminante, Loretta Lynch se lance, comme Rosa Parks avant elle, dans cette lutte pour les Civil Rights, mais au regard des transgenres aujourd’hui. Les toilettes deviennent ainsi davantage un emblème qu’une simple affaire de confort.


Ainsi, à cet égard, dès le 13 mai, l’administration Obama a fait entendre aux écoles publiques américaines la nécessité de laisser aux étudiants transgenres la liberté d’aller dans les toilettes de leur choix.


Et Ailleurs ? 


Toutefois, si ces affaires de toilettes représentent une telle importance, en ce qu’elles déterminent aujourd’hui le pouvoir du genre, ce problème ainsi que la problématique transgenre ne sont nullement abordésdans de nombreux pays, en France notamment.


Depuis 1992, alors que la Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné  la France du fait de la difficulté de vouloir modifier son état-civil, aujourd’hui, cela n’a que peu changé. De nombreuses associations ne sont pas satisfaites d’aussi lentes évolutions. La question transgenre est en France un tabou. Cela est d’autant plus frappant que des pays moins riches, moins épanouis culturellement comme la France dans son idéal esprit de tolérance (tels l’Argentine, le Népal ou la Colombie) ont déjà établi des mesures aux égards des personnes désirant changer de sexe, voire ont déjà mis-en-place des toilettes non genrées, comme au Canada.


Les « toilet studies » répandues aux Etats Unissont bien loin d’être bienvenue encore, quand on voit un tel tabou mais aussi les crises politiques lors de la proposition de loi du mariage pour tous, comme le souligne Marie-Hélène Bourcier.


Ainsi, le pays des droits de l’Homme a peut-être encore du mal à accepter qu’« Homme » ne soit pas l’équivalent d’« homme » et l’on ne peut que déplorer ce retard civil et moral dans le beau pays des libertés...


photo de l'auteur Laera
Laera
Homme de 23 ans
Paris
Depuis le 23 mars 2016, la Bill House 2 votée en Caroline du Nord oblige toutes personnes à n’utiliser les toilettes publiques qu’en fonction de son identité sexuelle de naissance. Loi discriminatoire au regard de la communauté transgenre, le texte a soulevé de nombreuses controverses sur le territoire américain. 

Controversée


En effet, dès la promulgation de la loi des voix très diverses se sont faites entendre à ce sujet :des artistes (Bruce Springsteen, Le Cirque du soleil) ont annulé concerts et spectacles en Caroline du Nord. De grandes entreprises, la Deutsche Bank, Paypal, ont renoncé à des projets d’investissement. Ces mouvements d’indignation rejoignent les mouvements des dirigeants de grandes entreprises (Facebook, Apple) qui ont écrit au gouverneur Pat McCrory pour signifier leur désapprobation, ou aussi, de manière plus particulière encore celui du site pornographique xHamster.com, ayant bloqué l’accès à ses vidéos dans cet État.


Alors que leParlement canadien, a approuvé trois jours avant, le 20 mars, un projet de loi condamnant les discriminations à l’égard des transgenres, cette loi américaine exhale le conservatisme à plein nez et donne une image bien peu tolérante des États-Unis.


Progrès ?


Au regard de ces nombreuses revendications, McCrory a fait savoir par message vidéo que le champ d’application du texte de loi avait été restreint : si la loi reste valide dans les écoles ou les bâtiments administratifs, « le secteur privé est libre d’appliquer ses propres règles concernant les toilettes, les vestiaires et/ou les salles de douche », a-t-il affirmé.


Cette loi peut sembler quelque peu aride (il y est question d’accès aux toilettes), mais il faut savoir qu’à l’égard des transgenres, l’accès aux toilettes publiques est quelque chose de profondément problématique selon certains témoignages : les toilettes sont un lieu de jugement et de prise de risques pour les transgenres. Considérés comme des hommes s’introduisant dans les toilettes pour femmes ou inversement, les plus intolérants leur greffent l’étiquette de « prédateur sexuel » . Dès lors, entre paranoïa et délires sécuritaires et discriminants, des sénateurs vont jusqu’à proposer des lois de criminalisation de ces personnes (qui pourraient être condamnées à 1 an d’emprisonnement et 5000 dollars [environ 4,500 euros] d’amende) pour seul motif de ne pas être perçues comme « vrai homme » ou « vraie femme », un jugement à la va-vite, et sans valeur.


Justice, tolérance et « avancée historique »


Le 4 mai dernier, au regard du recul insuffisant de cette loi qui enfreignait plusieurs lois fédérales sur les droits civiques, le ministère de la Justice a ordonné le retrait de cette loi au plus tard le lundi 9 mai. Pat McCrory a alors saisi la justice américaine afin de faire valider sa mesure quelques heures avant que le ministère de la Justice ne réplique en portant plainte à son tour contre la Caroline du Nord. C’est finalement un tribunal qui au regard de la situation devra évaluer si cette loi du 23 mars va à l’encontre des principes d’équité et d’intégration garantis aux citoyens américains comme l’a affirmée la ministre de la justice Loretta Lynch.


Selon la ministre, « Cette action dépasse largement le cadre des toilettes. Il s’agit de la dignité et du respect que nous accordons à nos concitoyens et des lois que nous, en tant que peuple et en tant que pays, avons promulguées pour les protéger – en fait, pour nous protéger tous. »


Il semble que les transgenres se soient trouvés un fervent défenseur : son discours se veut unitaire et brillant de tolérance et de bienveillance.


Sachez bien que l’histoire est dans votre camp. Ce pays a été fondé sur la promesse d’accorder les mêmes droits à tous, et nous sommes toujours parvenus à nous rapprocher de cette promesse, petit à petit, un jour à la fois. Cela ne sera peut-être pas facile –mais nous y arriverons ensemble. »

En inscrivant cette lutte pour les droits des personnes transgenres dans l’histoire des États-Unis, Loretta Lynch donne une place à cette communauté oubliée et négligée de la part de la plupart des gouvernements. Il semble évident que cette « place historique » est un réel écho à la politique ségrégationniste des années 50, dont Rosa Parks est devenue l’emblème. En faisant un parallèle à cette politique discriminante, Loretta Lynch se lance, comme Rosa Parks avant elle, dans cette lutte pour les Civil Rights, mais au regard des transgenres aujourd’hui. Les toilettes deviennent ainsi davantage un emblème qu’une simple affaire de confort.


Ainsi, à cet égard, dès le 13 mai, l’administration Obama a fait entendre aux écoles publiques américaines la nécessité de laisser aux étudiants transgenres la liberté d’aller dans les toilettes de leur choix.


Et Ailleurs ? 


Toutefois, si ces affaires de toilettes représentent une telle importance, en ce qu’elles déterminent aujourd’hui le pouvoir du genre, ce problème ainsi que la problématique transgenre ne sont nullement abordésdans de nombreux pays, en France notamment.


Depuis 1992, alors que la Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné  la France du fait de la difficulté de vouloir modifier son état-civil, aujourd’hui, cela n’a que peu changé. De nombreuses associations ne sont pas satisfaites d’aussi lentes évolutions. La question transgenre est en France un tabou. Cela est d’autant plus frappant que des pays moins riches, moins épanouis culturellement comme la France dans son idéal esprit de tolérance (tels l’Argentine, le Népal ou la Colombie) ont déjà établi des mesures aux égards des personnes désirant changer de sexe, voire ont déjà mis-en-place des toilettes non genrées, comme au Canada.


Les « toilet studies » répandues aux Etats Unissont bien loin d’être bienvenue encore, quand on voit un tel tabou mais aussi les crises politiques lors de la proposition de loi du mariage pour tous, comme le souligne Marie-Hélène Bourcier.


Ainsi, le pays des droits de l’Homme a peut-être encore du mal à accepter qu’« Homme » ne soit pas l’équivalent d’« homme » et l’on ne peut que déplorer ce retard civil et moral dans le beau pays des libertés...


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