Le poids du passé (fiction !)

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Modération Ancien membre
- Modification par Riccia le 25/05/2021 - 06:09:39

Bonjour à toutes et tous, Comme certaines et certains le savent, il m'arrive parfois d'écrire par nécessité ! Certains rêves, certains cauchemars peuplent mes nuits et j'ai besoin de les sortir pour avancer. Voici le début de mon cauchemar qui hante mes nuits depuis quelques semaines, certains aspects de ce cauchemar sont, hélas, réels, mais je les ai romancés pour éviter de trop me dévoiler !!! (on ne change jamais vraiment, en fait !)

Le poids du passé 10 ans plus tôt Estelle est sur le bateau-mouche parisien. Elle a accepté, comme une gourde, de participer à l’organisation d’un voyage scolaire pour ses élèves de 1ère professionnelle. Estelle est professeure de mathématique dans un petit lycée professionnel de campagne très rurale. Ses élèves sont gentils mais pas très intéressés par les mathématiques. Il faut développer des trésors d’ingéniosité pour les intéresser à quelque chose en dehors de leur moteur de mobylette ou de leur jeux vidéo. Ses deux collègues, Matt et Sylvie, respectivement professeur d’arts appliqués et professeure d’électrotechnique, ont décidé d’organiser un voyage à Paris pour leurs élèves qui n’ont pour une grande majorité, jamais vu la Capitale. Il fait froid en cette fin d’octobre, ce sont les vacances. Les trois professeurs ont décidé d’arpenter les rues parisiennes afin de mieux préparer leur projet de sortie scolaire. Le bateau-mouche est une idée de Sylvie, elle trouve cela très intéressant de voir un maximum de sites parisiens sans courir le risque de perdre quelques-unes de ses ouailles !

Estelle est appuyée sur le bastingage. Elle écoute la voix monocorde du guide en se demandant comment intéresser des jeunes de 17 ans à des histoires si dépourvues de sens pour des jeunes et, surtout, si mal racontées ! Estelle s’ennuie. Elle laisse son regard divaguer sur les passagers. Beaucoup sont des touristes, comme elle ! Certains semblent passionnés par le récit du guide. Ses collègues, Matt et Sylvie, sont en pleine discussion sur l’organisation du projet. Vivement qu’elle descende de ce bateau ! Soudain son regard est attiré par une jeune femme, seule, à l’arrière du bateau. Un détail attire Estelle : la jeune femme, blonde, les cheveux mi-longs, porte un manteau rouge sur une robe bleu vert d’eau. Sa tenue est en décalage avec les tenues des touristes, plutôt sombres, autour d’elle. Elle semble seule. Estelle ne parvient pas à détacher ses yeux de la jolie inconnue. Que faire ? L’aborder ? Comment ? Estelle en est là de ses interrogations quand la belle inconnue tourne la tête, leur regard se croise, elle lui sourit. Ses grands yeux d’un vert cristallin la fixe. Estelle ne parvient pas à détacher son regard. Elle répond à son sourire. Le bateau-mouche approche du quai, les passagers s’animent, veulent être les premiers à descendre, stupide attitude, le quai est encore loin ! le guide remercie les passagers de leur attention et présente sa casquette pour une éventuelle pièce, un petit pourboire… Estelle ne quitte pas des yeux l’inconnue, elle s’approche, c’est le moment où jamais : « - Salut, je m’appelle Estelle ! Je serai tentée de dire chouette visite mais ce serait mentir !

  • Bonjour, moi c’est Hortense ! Chouette visite ? plutôt chouette rencontre, non ! Hortense est effrontée, drôle et terriblement séduisante ! Estelle est épatée par cette réponse si directe. Le coup de foudre est immédiat entre elles. Ce voyage sur le bateau-mouche est le début d’une belle histoire d’amour qui durera 10 ans…

Aujourd'hui

Aujourd’hui, Estelle et Hortense fêtent leur anniversaire de rencontre, cela fait 10 ans que leur regard se sont croisé sur ce bateau-mouche. Ensemble, elles ont affronté l’annonce de leur amour aux parents d’Hortense. Quel moment difficile et douloureux, autant pour Hortense que pour Estelle ! Les parents d’Hortense, issus de la grande bourgeoisie, catholiques fervents (sectaire et intégrise selon Estelle) ont accusé Estelle de toutes les diableries et renié leur fille ; interdiction faite aux frères et sœurs de conserver tout contact avec Hortense, toutes et tous ont obéi religieusement à ces parents tyranniques. Le mariage d’Hortense et d’Estelle, célébré 4 ans plus tôt, s’est déroulé dans la plus stricte absence de cette famille puritaine. Malgré les efforts d’Hortense, Estelle a remarqué le trouble de sa bien-aimée à chaque fois que la porte de la mairie s’ouvrait… Ensemble, elles ont affronté leur impossibilité à avoir des enfants, le combat quotidien contre le regard de certains de leurs proches, qui, même si leur relation amoureuse semble acceptée, restent persuadés qu’élever un enfant à deux femmes est contre-nature. Ensemble, elles ont affronté la maladie d’Estelle. Les longues soirées à attendre les résultats des tests médicaux, à vivre dans l’inquiétude d’une possible absence de lendemain… Aujourd’hui, Estelle est guérie… Aujourd’hui, Estelle devrait être heureuse… mais elle ne l’est pas… Depuis quelques semaines, elle observe le désarroi envahir la femme qu’elle aime. Le silence s’est installé entre les deux femmes. L’alcool s’insère entre Hortense et Estelle, devient le meilleur ami d’Hortense et l’ennemi d’Estelle. Ce soir, Estelle rentre à reculons chez elle… La porte est fermée à clé, « bizarre, Hortense doit être rentrée ? ». Estelle insère sa clé, tourne, ouvre la porte… Sur le sol, le manteau de sa femme, une chaussure plus loin, Estelle s’inquiète, se précipite… Sa femme est allongée sur le sol du salon, elle respire à peine. Estelle appelle les secours, tient Hortense dans ses bras, en larmes. Le voisin, alerté par les cris et les pleurs, arrive. Hortense est encore en vie, sa respiration est faible. Il repousse Estelle, prend le relais, appelle les pompiers… Sur le sol, un morceau arraché d’un journal sur lequel Estelle parvient à lire, à travers ses larmes : « Nous avons le regret de vous annoncer le décès de notre bien-aimé Charles, à l’âge de 95 ans… L’enterrement aura lieu dans la plus stricte intimité familiale ».

A suivre !

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Cacahuète06

Je souhaiterais déjà avoir la suite 😊

Même si ça commence bien puis termine tristement ce premier récit... Je suis captivée !

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OffRoad

Yep à tous !

Captivant ! et bien écrit 👍

Le passé est le chemin qui mène à aujourd'hui quand on se retourne. Mais il faut faire attention de seulement se retourner de temps en temps et pas marcher en regardant derrière ! Il y a un grand risque de trébucher souvent ! 😉

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Modération Ancien membre

C’ est très bien écrit , très plaisant à lire ... c est triste , réel et prenant ...

j’ espère que cela est libérateur pour toi comme tu dis ...

comme dis @OffRoad à trop regarder derrière soi on ne vois plus forcément ce qu’ il y a devant soi ...

Mais ça n’ enleve rien à la beauté de ton écriture

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Modération Ancien membre
- modifié par Riccia le 25/05/2021 - 06:10:32

Suite...

Hortense a été transportée à l’hôpital, tentative de suicide selon le médecin, « trop tôt pour se prononcer ». Estelle est assise près du lit, elle tient la main d’Hortense dans la sienne. Ce lieu la ramène quelques années plus tôt quand c’était Hortense qui lui tenait la main. Estelle essaie de comprendre, de se remémorer ces dernières semaines, elle cherche un indice, un élément qui aurait fait basculer cette femme qu’elle pensait si bien connaître. Elle est fatiguée, abattue, perdue.

Estelle pose son visage près du bras d’Hortense, elle a besoin de sentir son odeur, elle veut sortir de ce cauchemar, se réveiller et retrouver sa femme aussi joyeuse et taquine qu’il y a 10 ans…

Estelle s’endort, épuisée.

Estelle se réveille en sursaut. Le silence de l’hôpital l’inquiète. La respiration d’Hortense semble tranquille, sereine. Elle est si belle…

La porte de la chambre est entrouverte, Estelle s’en étonne. La lumière blafarde du couloir danse à travers l’embrasure de la porte. Estelle se sent oppressée, elle a besoin de respirer. Le souvenir douloureux de ses longues nuits à l’hôpital est toujours présent. Elle se lève pour fermer la porte. Machinalement elle jette un œil dans le couloir. Un détail l’intrigue : une machine à café au bout du couloir ! Elle ne se souvient pas de l’avoir vue à son arrivée. La précipitation et l’inquiétude, sans doute. Elle se dirige vers la machine, celle-ci semble loin. Estelle sent la peur l’envahir : la machine s’éloigne au fur et à mesure qu’elle approche, elle ne parvient pas à l’atteindre.

Soudain la lumière s’éteint.

Un frisson lui parcourt le dos, un froid glacial l’envahit, son souffle s’accélère, les battements de son cœur vrille ses tympans. Soudain, une lueur rougeoyante apparaît face à elle. Une forme se tient devant elle. Immense, vêtue d’un manteau ample et d’une longue capuche. Estelle ne distingue pas de visage. Elle est apeurée, tétanisée, elle ne parvient pas à fuir. Ses pieds semblent fixés au sol, elle ne parvient pas à crier… aucun son ne sort de sa bouche, sa gorge est douloureuse, des larmes coulent le long de ses joues, elle tremble. Que se passe-t-il ?

Une main sort de la manche du manteau, elle est vieille, ridée, fripée. Les doigts sont longs, fins, tordus… La main attrape son poignet et la serre, Estelle sent la douleur… Elle croyait vivre un cauchemar pourtant elle ressent le froid de cette main, la douleur du pincement des doigts, les ongles s’enfoncent dans sa peau…

Soudain tout est noir, elle entend un bruit léger, comme des pleurs d’enfant. Elle distingue la lueur d’un feu dans une cheminée… Elle peut bouger, elle s’approche…

Elle découvre une enfant, couchée dans un grand lit à baldaquin. L’enfant, âgée de 6 ans environ, est blonde, les cheveux longs, elle est vêtue d’une longue chemise de nuit blanche, en coton brodée. Le visage de cette petite fille lui est familier, il ressemble à Hortense. La petite fille pleure, tremble, dans son lit malgré la chaleur de la cheminée. Estelle s’approche, elle pose sa main sur l’épaule de la petite fille mais celle-ci ne la sent pas, ne la voit pas… Son regard, ses yeux vert cristallin… C’est bien Hortense !

Que se passe-t-il ? Que fait-elle là ?

Soudain, une voix caverneuse emplit la pièce : « Si tu veux sauver Hortense, tu dois mettre fin à l’horreur. » Estelle se sent nauséeuse, son poignet la fait souffrir, tout tourne autour d’elle, elle entend les pleurs d’Hortense petite fille. Elle regarde son poignet, un lourd bracelet se trouve là où la main décharnée l’a enserré. Le bracelet est lourd, en argent massif, il ressemble à une menotte…

« Ce bracelet s’ouvrira quand tu auras mis fin à l’horreur qui sévit depuis des siècles dans la famille d’Hortense ».

A suivre.

« Ce bracelet s’ouvrira quand tu auras mis fin à l’horreur qui sévit depuis des siècles dans la famille d’Hortense ».

A suivre.

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La Môme

Juste wouhahou !

Immersion totale.

Merci pour ce partage.

Hâte de lire la suite

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Modération Ancien membre
- modifié par Riccia le 25/05/2021 - 06:10:58

Suite

Estelle se réveille, sa tête est posée près du bras d’Hortense. Elle se sent nauséeuse, les tempes vrillées par un mal de tête persistant. Elle lève la tête, Hortense est toujours allongée sur ce lit d’hôpital. Il fait jour, la vie a repris tout autour d’elle. Elle entend le bruit des plateaux repas déposés dans les chambres à côté, le rire des infirmières à une blague de potache sans doute prononcée par un interne désireux de plaire.

Son bras est douloureux… Elle tourne la tête et découvre le bracelet autour de son poignet. Une peur incontrôlable l’envahit. Elle suffoque, ses doigts se crispent sur le drap, elle manque de s’évanouir… Ce n’était donc pas un rêve ? Elle se retourne, regarde partout : la porte est fermée, elle est seule avec sa femme dans cette chambre blanche.

Elle essaie de se souvenir de ce qu’il s’est passé cette nuit, se lève et se dirige vers le couloir ! la machine à café est toujours au fond, à droite. Tout est comme cette nuit. Elle dévisage les gens, s’interroge sur une possible plaisanterie mais au fond d’elle, elle est convaincue que tout était réel. Elle doit trouver des réponses à ses questions…

De retour dans la chambre, le médecin est auprès d’Hortense : « le pronostic vital n’est plus engagé, elle devrait se réveiller. Quand ? je ne sais pas. Il faut qu’elle le souhaite. »

Estelle décide de rentrer chez elle. Il lui faut comprendre le sens de ce qu’il s’est passé cette nuit.

Le salon est dans le même état que la veille : le manteau d’Hortense jeté par terre, la chaussure au milieu du couloir, le verre de whisky explosé sur le sol de la table basse. Une image, en noir et blanc, sous la table basse, intrigue Estelle, elle ne l’avait pas vue la veille dans la précipitation. Elle se baisse la ramasse et découvre une petite fille d’à peine six ans, en chemise de nuit blanche, brodée. Son regard est triste… C’est la petite fille de cette nuit. Moment de panique, Estelle cherche autour d’elle… A qui parler ? Vers qui se tourner…

Estelle repense au morceau de journal déchiré trouvé hier soir. Elle le récupère. « Charles B., 95 ans… c’est le nom de famille des parents d’Hortense ! Ce serait donc son grand-père ?! » Hortense ne lui a jamais parlé de ce Charles, même avant la présentation catastrophique à ses parents, Hortense ne s’est jamais étendue sur sa famille.

Hortense est la petite dernière d’une famille de 8 enfants. Les parents, très catholiques, s’en sont remis à Dieu et n’ont jamais utilisé de moyens de contraception. Les enfants ont été élevés dans un manoir, Estelle n’y a jamais été invitée : la rencontre s’est déroulée dans un petit restaurant parisien, à l’écart du « grand monde » pour « éviter la honte » comme disait « Belle-maman » !

Les frères et sœurs d’Hortense ne se sont jamais manifestés à la suite de l’interdiction paternelle, Estelle ne les a vus qu’en photo. Elle cherche l’album photo, un souvenir l’assaille : une chambre avec une cheminée. Estelle retourne tous les livres, jette par terre tous les albums photos et retrouve enfin celui d’Hortense. Elle tourne les pages, concentrée sur chaque visage, sur chaque détail des photos. Enfin elle trouve LA photo : une chambre plutôt grande, un lit à baldaquin au milieu, comme dans son « rêve nocturne » et une grande cheminée en pierre à droite. Estelle en est certaine, c’est la pièce dans laquelle elle se trouvait cette nuit : le peu de décoration qu’elle a réussi à entrevoir est identique. Que faire ? Aller là-bas ? Si sa femme se réveille pendant son absence ?

Estelle est désemparée mais une volonté s’empare d’elle : elle doit sauver celle qu’elle aime, comprendre ce qu’il se passe, quelle est cette horreur dénoncée par la Voix cette nuit ?

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Johana

un grand merci pour ce partage, belle écriture on se laisse happer par cette histoire bouleversante ,émouvante

j’espère sincèrement que l'écriture te permettra d'avancer plus apaisée.

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Modération Ancien membre

(Suite. Je précise que c'est de la fiction... produit de mon imagination, de mes rêves et de mes cauchemars !)

Son poignet est douloureux. Estelle observe avec plus d’attention le bracelet ciselé qui enserre son poignet. La gravure semble reproduire les serres d’un rapace qui tient dans ses griffes les lettres CBH. Ce bracelet lui semble familier… Estelle reprend l’album de sa femme. Elle observe les photos de sa femme et s’aperçoit qu’il y a beaucoup de photo de sa femme bébé ou petite fille mais celle en chemise de nuit blanche est la dernière. Sa femme porte un bracelet sur la dernière photo, il ressemble étrangement à celui que porte Estelle ! Elle observe les photos des frères et sœurs de sa femme : ils portent tous et toutes un bracelet identique. Que signifie-t-il ?

Estelle est tirée de sa réflexion par la sonnerie du téléphone : c’est Matt. « On s’inquiète ! Tu n’es pas au lycée ! tu n’as pas averti de ton absence ! » Estelle s’effondre en larmes, raconte la tentative de suicide, la nuit passée à l’hôpital en omettant l’épisode du bracelet, sa fatigue, son désarroi. Oui ! Elle va aller chez le médecin pour un arrêt de travail. Oui ! elle veut bien qu’il prévienne la Direction du lycée ! Oui ! elle veut bien qu’il vienne la voir avec Sylvie ce soir, elle veut éviter la solitude. Elle a peur de la vision horrible de cette nuit.

Estelle décide de chercher sur internet des renseignements sur ce fameux Charles B. En temps normal, elle ne se serait jamais immiscée dans la vie intime de sa femme. Toutes les deux se sont toujours promis de préserver leur jardin secret afin d’avoir un équilibre au sein de leur couple. Estelle a bien tenté de connaître le passé d’Hortense, mais celle-ci a toujours éviter les réponses grâce à des pirouettes taquines. « Il faut bien déroger à la règle en situation de crise ! » se rassure-t-elle ! Elle cherche sur un moteur de recherche : un faire-part en ligne annonce le décès de Charles. Il y a quelques condoléances exprimées. Cet homme semble avoir été respecté mais les messages n’expriment pas de sentiments amicaux, ils sont plutôt laconiques. Estelle tombe sur une photographie : Charles est debout, entouré de ses enfants semble-t-il. Estelle pense reconnaître le père d’Hortense à la droite de Charles. Charles est grand, plus grand de quelques centimètres que ses enfants. Blond, les yeux verts cristallin comme Hortense. C’est la seule ressemblance avec sa petite fille. Son visage, émacié, n’exprime aucune émotion, au contraire, il dégage une froideur qui met mal à l’aise Estelle. Sur la photographie, il semble avoir 70 ans. Il est imposant, effrayant.

Estelle est fatiguée. Elle remonte ses jambes sur le canapé, prend le plaid préféré d’Hortense et s’enroule dedans. L’odeur de sa femme lui fait du bien, la rassure, l’apaise. Peu à peu, elle sombre vers des rêves étranges où s’entremêlent les images d’Hortense adulte, petite fille, le visage sévère de Charles.

Soudain, elle se retrouve dans la chambre du manoir. Le feu dans la cheminée éclaire la pièce. Estelle découvre des portraits d’hommes sur les murs. Ils ne sont pas de la même époque mais tous ont un air de famille. Elle reconnaît le grand-père d’Hortense sur l’un d’entre eux. Le lit est vide, il n’y a pas de petite fille en pleurs. Une étrange musique attire Estelle. Elle ne sait d’où elle vient. Estelle est seule. La musique ressemble à une comptine enfantine mais elle ne parvient pas à l’identifier.

Soudain, la porte s’ouvre.

Des adultes et des enfants entrent dans la pièce et vont s’installer sous la rangée de portraits. Aucun ne semble voir Estelle. Elle s’approche, les observe, semble reconnaître le père et les frères et sœurs d’Hortense vus dans l’album photo. D’autres personnes, inconnues, sont également présentes. La musique se fait de plus en plus forte, elle agresse les tympans d’Estelle. Son cœur bat de plus en plus vite. Les personnes présentes se mettent à chanter sur la musique. La chanson est grave. Estelle ne distingue pas les paroles mais celle-ci lui touchent le cœur, l’attristent.

La porte s’ouvre à nouveau et une petite fille en chemise de nuit blanche tenant la main d’une femme entre.

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🤓 alors ? alors ? alors ? 😉 👍

Yep à Tous 🤗

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La musique est forte, le chant est de plus en plus rapide, effrayant. La petite fille tremble et jette un regard apeuré à la femme qui lui tient la main. C’est sa mère, Estelle en est certaine.

Cette femme au visage impassible, sert la main d’Hortense avec force, non pas pour la rassurer mais pour la forcer à avancer. Estelle se sent nauséeuse.

Peu à peu la musique diminue, le chant se fait douce mélopée. Un homme entre. Estelle sent une émotion l’envahir : c’est Charles, le grand-père. Il s’approche de la femme.

« ¬- Ce jour est un jour important dans la vie de ta fille. Elle va appartenir définitivement à la Communauté. Le souhaites-tu ?

  • Oui, affirme la mère d’une voix assurée, aujourd’hui, je donne ma fille à la Communauté. Estelle sent une appréhension l’envahir.

  • Aujourd’hui est un jour glorieux dans la vie de notre petite Hortense, reprend le grand-père, elle nous est donnée par sa mère et par son père pour que nous la fassions grandir à l’abri des vices du monde. Ce soir, Hortense va sceller son destin au nôtre. »

Charles prend la petite main d’Hortense dans sa grande main d’adulte. La musique reprend. La mère sort de la pièce. Les personnes présentes reprennent leur chant. Personne ne montre aucune émotion. Les visages sont froids, les regards semblent errer dans le vague. Aucun ne regarde cette petite fille emmenée par cet homme dans le grand lit à baldaquin. La tension est insoutenable. Estelle devine ce qu’il va se passer. Elle tente de s’interposer, de tirer la petite fille par le bras mais ses gestes restent vains. Elle hurle, supplie, ferme les yeux pour ne pas voir son impuissance.

Charles installe la petite fille dans le lit, se déshabille et s’allonge sur elle. Hortense pleure, supplie qu’il arrête, qu’il la laisse. Il la bâillonne de sa main et viole la petite fille sous le regard de l’assistance qui ne bronche pas. Estelle pleure. Elle pleure sur cette petite fille qui vit l’horreur. Elle pleure sur cette femme qu’elle a rencontré 10 ans plus tôt et qui portait ce lourd secret. Elle pleure sur sa femme qui a voulu mourir.

Charles jouit dans un hurlement de bête sauvage. La petite fille est tétanisée, des larmes silencieuses coulent le long de ses joues.

Il se relève, se rhabille, visiblement satisfait de son acte barbare. Estelle ne s’est pas rendu compte que la musique et le chant avait cessé. Un adolescent, visiblement un frère d’Hortense, s’est approché. Il tient dans ses mains un petit coussin de velours bordeaux sur lequel est posé un objet. Le grand-père le prend : c’est le bracelet qui se trouve au bras d’Estelle ! Il le lève face à lui et à l’assistance comme un prêtre lève le calice et dit : « aujourd’hui, les parents d’Hortense lui ont permis d’entrer dans notre belle Communauté. Aujourd’hui, Hortense, tu appartiens à la Communauté. Ce bracelet est le symbole de ton lien indéfectible avec moi. Tu m’appartiens pour toujours ! »

Charles prend le poignet de Hortense et ferme le bracelet sur cette enfance salie. La fermeture du bracelet émet un bruit de menottes qui glace Estelle au plus profond d’elle-même.

Estelle se réveille, elle est toujours allongée dans son canapé, entourée par la couverture de sa femme. Elle pleure. Elle comprend que chaque membre de cette famille a vécu l’horreur car tous et toutes portent le même bracelet. Estelle se sent souillée par le spectacle auquel elle a assisté. Comment est-ce possible ? Que doit-elle faire ?

Le monstre est mort, il sera enterré demain.

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OffRoad

Ce besoin de possession qui justifie tout et donc n'importe quoi... Comment découvrir et sortir de ce besoin sordide de posséder, d'avilir, de salir,... ?

Comment soigner une si profonde blessure ? Comment sortir du déni, du rejet, du silence ?

Comment lutter contre la barbarie qui progresse là où la connaissance ne se diffuse pas ?

La main tendue et la compassion ne sont possibles que si la personne ouvre son cœur intégralement... Sinon là aussi, le blocage est toxique...

Se donner la main les uns les autres permet à chacun de ne pas tomber, sinon de se relever plus vite...

✊ 😐



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