Se reconstruire et assumer sa bisexualité


Auteur : Telema
Telema - 20 ans
De Nantes
  il y a 1 mois


Bonjour à tous, je m'excuse par avance pour le pavé qui va certainement suivre. Si vous êtes découragés par sa lecture, je ne vous en voudrais évidemment pas, d'autant plus que ça ne sera probablement pas marrant de bout en bout, et qu'à la relecture c'est plutôt fouilli... Mais il s'agit bien de parler de moi, sans mentir, donc trêve d'introduction, allons-y donc.

En me présentant brièvement d'abord, je suis un jeune homme de 20 ans qui s'apprête à entrer dans sa deuxième année de fac. J'évacue d'emblée cet aspect-là de ma vie, tout simplement parce qu'il joue pour une part infime dans mes problèmes, je crois : en tout cas, je m'en sors plutôt très bien, j'ai validé ma L1 haut la main, j'aime bien le système de la fac et je me suis fait plein de potes... tant et si bien que je suis pressé que la rentrée arrive.

Si je poste ici, c'est pour évoquer (ou plutôt détailler) un autre aspect de ma vie, autrement problématique et complexe à mes yeux : je suis bisexuel. Et, ô surprise ! je le vis plutôt mal. Je ne saurais dire avec exactitude depuis quand je le sais. Tout simplement parce que (je ne vous apprends rien sur le principe), ayant refoulé la chose peut-être depuis plus loin que remontent mes souvenirs, j'ai sans doute ellipsé plein de moments qui aujourd'hui me paraîtraient des indices évidents. L'acceptation de mon identité sexuelle est récente et encore en cours : on va dire que j'ai arrêté de me considérer comme hétéro depuis un peu moins de deux ans, soit au début de ma première année d'étude (j'ai tenté autre chose avant la fac), via le topic d'un forum qui à la base n'était pas du tout consacré à ce thème et sur lequel je me suis exprimé pour la première fois ; et ça m'avait fait du bien, sans régler quoi que ce soit, sinon par rapport à moi-même. Depuis, j'ai fait mon coming-out à mon frère, puis ma mère dans la foulée et, tout récemment, à ma soeur. Tous l'ont bien pris, et globalement tous s'en tamponnent, ce qui est bon signe.

Sauf que, sauf que. Ca fait un moment que j'ai pris conscience de la cause LGBT+, que je me bats à mon échelle (et avec le courage que j'ai) pour faire évoluer les mentalités de ceux que je fréquente : j'ai commencé à le faire pendant le projet de loi de mariage pour tous, dont les débats m'avaient à la fois déprimé et passionné, et en tout cas chamboulé plein de conceptions que j'avais sur moi-même et la société. Bref, je suis du genre à estimer que tout le monde doit être libre de disposer de lui comme il l'entend, et comme il le doit puisque, comme chacun sait, on ne choisit pas sa sexualité. C'est un principe que j'aime voir appliqué autour de moi... mais que je suis parfaitement incapable, à l'heure actuelle, d'appliquer à moi-même. Et ce pour différentes raisons, je crois, que je vais tâcher de vous présenter. Aujourd'hui, j'estime en fait que mon rapport à ma sexualité constitue le dernier maillon d'une longue chaîne "dépressive" que j'ai presque fini de surmonter, d'une suite d'épisodes pas très joyeux de mon existence.

En fait, ce problème est intimement lié à un autre, qui m'attriste particulièrement, ou sinon me met en colère (sourde) quand j'y songe (et j'y songe souvent, croyez-moi) : je suis seul, et je n'ai jamais connu personne. Passons le sentiment d'humiliation que ressentirait n'importe quel personne qui, à mon âge, est puceau et n'est jamais sorti avec personne : ça ne m'est pas spécifique ; ça fait mal, oui, mais ça n'est pas le fond du problème. Je suis quelqu'un d'assez apprécié des autres, sans vouloir me jeter de fleurs : j'ai des qualités (altruisme, humour, recul par rapport à soi, réflexion, gentillesse, curiosité, etc.) que je me reconnais, et aujourd'hui, parce que ça m'a pris suffisamment de temps pour construire la personne que je suis, j'estime être quelqu'un de bien. Par ailleurs, si ça n'a pas toujours été le cas je le reconnais, j'ai repris un peu confiance en moi en cette première année de fac, et j'ai aussi repris soin de moi. Physiquement, et là encore je ne m'amuserais pas à m'auto-gratifier, je suis au moins correct, et on m'a plusieurs fois (et de plus en plus récemment ?) laissé entendre que oui, je suis plutôt beau.

Ce qui n'arrange rien à l'affaire parce que, si je suis une personne attirante, pourquoi ne suis-je encore avec personne ? Le problème doit bien venir de moi, et il y a peut-être deux facteurs pour l'expliquer... D'une part, j'ai depuis quelques temps maintenant une certaine conviction (pourtant, croyez-moi, j'en ai bien peu), celle que je veux être père et fonder une famille. Je pense ainsi : tout ce que je vis actuellement, tout ce que je collecte de richesses matérielles et immatérielles, ce n'est que l'héritage que je léguerai à mes enfants, je n'y vois aucun autre intérêt sur le long terme. Ca me fait du bien de réfléchir ainsi, et on verra ce qu'il en sera, bien sûr... Ceci étant, une de mes préoccupations se trouve ici : j'estime que ma bisexualité est un rempart à cette conception de mon futur. Je pense être en mesure de vivre amoureusement avec une personne ; sexuellement, non, ou en tout cas le risque de ne pas assumer un mode de vie binaire serait trop grand à mon avis, et je ne veux pas le prendre - pas tant pour moi, mais pour ceux qui n'auront rien demandé, les potentiels enfants donc. Et honnêtement, ça me gonfle vraiment, parce que décidément rien n'est jamais simple dans ma vie, j'ai l'impression. Alors oui, j'ai conscience que je me pose beaucoup de questions, et que j'ai une vision très arrêtée de mon avenir idéal, qui ne sera sans doute pas véritable... Mais ça me bloque.

D'autre part, et là je vais parler rapidement d'un épisode pas glop de ma vie : fut un temps pas si éloigné (j'avais entre 15 et 18-19 ans), où ma vie a pris un tournant... dramatique, disons-le. En gros, mes parents se sont disputés quasi-quotidiennement pendant 3 ou 4 ans, jusqu'à divorcer (ouf) en décembre 2015. Quand je leur en parle, eux ne se souviennent pas, ou feignent de l'avoir oublié, mais moi je m'en souviens parfaitement : le ton est parfois monté très, très haut, et des paroles pour le moins inquiétantes ont régulièrement fusé durant ces engueulades ; ça pouvait se finir par l'un des deux qui cognait les murs, ou qui se barrait des heures dans un état pas possible sans prévenir personne de sa destination. Donc eux ne veulent pas s'en souvenir, mais moi je m'en souviens bien : tout ça aurait clairement pu s'achever par un meurtre, j'en suis toujours hautement convaincu. Au milieu de ça, j'avoue avoir conservé une colère qui ne s'est jamais estompé avec la situation : colère d'avoir cru dans leurs promesses d'agir au mieux, colère d'avoir accepté leurs excuses pour les voir recommencer le soir-même... colère d'avoir été laissé pour compte, trahi, malmené en somme, pendant des années. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que j'ai pris sur moi, à cette période, de ne plus exister, autant que possible. Parce que c'était devenu insoutenable, et parce que par "bonté", je me disais que laisser de la place à mes propres problèmes au milieu de tout ça, c'était signer notre arrêt de mort à tous. Aujourd'hui, j'en suis revenu, de cette réflexion débile... Mais elle m'a accompagné durant tout ce temps, et j'ai agi comme j'ai pu, de toute façon.

Le truc, c'est qu'une fois qu'on a arrêté d'exister, tout sujet personnel que l'on aborde avec quelqu'un, toute confidence que l'on se décide à livrer, revient à briser un tabou et à lutter contre un "bon sens" que l'on s'est construit soi-même. Parler de soi à autrui, non pas parler du film qu'on a aimé (encore que, on est dans le domaine des goûts et c'est personnel...) ou de la soirée qu'on a faite la veille, mais bien de sa nature profonde, de ce qu'on est : pour moi, cela revient encore à une sorte d'aberration, un rêve en même temps qu'une crainte. C'était inconscient jusqu'à il y a encore quelques jours, en fait, et j'imagine que ça a pu jouer dans le fait que je suis seul dans la vie (sentimentalement, hein - comme dit plus haut, j'ai des amis et des amies). Les gens ressentent peut-être cette difficulté à parler vraiment de moi, cette culpabilité qui planne au-dessus de chacune de mes confidences, et dont je peine à me dépatouiller (même si j'y travaille). Il y a quelques mois de ça, une camarade de fac a utilisé le prétexte d'un commentaire Facebook pour m'adresser la parole en MP, et au bout de quelques jours j'ai fini par comprendre, même si je peinais à y croire, qu'elle est amoureuse de moi. Bon, pas moi, et je pense qu'elle commence à le comprendre, mais ça n'est pas vraiment la question : on continue de se parler quotidiennement et c'est plaisant comme ça, on partage beaucoup de trucs (musique, cinéma, etc.). Et je lui ai parlé de moi, de ma vie et de mes problèmes, de façon assez poussée. Et j'ai ressenti quelque chose de fort, pas forcément vis-à-vis d'elle, mais une sorte d'aperçu de ce que je pourrais ressentir en ouvrant mon coeur à quelqu'un que j'aimerais et qui m'aimerait. Ca a balayé tous les soupçons que je commençais à avoir sur moi-même, concernant un potentiel aromantisme qui expliquerait commodément mon éternel célibat : non, je ne suis pas fait pour être seul, décidément.

Voilà pourquoi je parlais de "dernier maillon d'une chaîne 'dépressive'". C'est comme si, dans ma vie, j'avais travaillé pour tout réparer : je ne rentre pas dans le détail, mais tout ce que mon père n'a pas su m'apporter, tout ce que le climat familial évoqué plus haut a détruit en moi, tout le mal qu'on a pu me faire, en bref. Et que, si près de m'aimer comme je suis, d'avoir pansé toutes mes plaies une par une, la vie me renvoyait en pleine gueule que je n'ai pas le droit au bonheur. Il y a une phrase que je trouve très juste : the price of existence is eternal warfare... ça y ressemble, en tout cas. Cette solitude me pèse, parce qu'elle me ramène à une différence que je n'ai pas encore pu pleinement assumer et comprendre faute d'expérience, faute d'avoir pu ouvrir mon coeur à l'autre. Et plus le temps passe, plus ça m'est pénible de ce point de vue : en fait, c'est le seul problème qui continue à prendre de l'ampleur, tandis que tous les autres s'estompent ou ont déjà disparu.

Eh bien, si vous avez pu venir à bout de ce pavé, félicitations. Si vous avez le courage de trouver un truc à répondre, si vous êtes passé par ce genre de questionnements, n'hésitez pas à répondre, ça m'aidera très certainement à avancer !

PS : J'ai vu qu'il existe plein d'autres sujets similaires, mais pour une question de lisibilité du post et des réponses éventuelles j'ai préféré ouvrir un topic.



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