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Le Concours Beto écriture Winter 2017

Le Concours Beto écriture Winter 2017

Wilden
Homme de 24 ans
Nantes

10 remerciements
Modérateur
Betolerant à un Incroyable Écrivain en Hiver

Concours : Ecriture d'une histoire
DATE DE FIN : Dimanche 24 Décembre 2017

Thème : Présentation/Biographie d'un personnage fictif

Règles :
- Le personnage doit être inventé par vous-même
- Participez seul ou en équipe pour défendre votre texte écrit par vous même sur le thème indiqué au dessus.
- Jusqu'à 10 000 mots

Notation :

Respect du thème et des règles : /5
Qualité littéraire : /6
Originalité : /5
Orthographe et syntaxe : /4

Volontaire Jury:

Participants :
Petitefee89
Avatea
Mcdonnelliss

Coco25000
Homme de 22 ans
Besançon

1 remerciement
Modérateur
Bien le bonjour, peut-on personnifier un objet ou une chose quelconque ? :) Ce qui le ou la rendrait personnage du coup :)

Wilden
Homme de 24 ans
Nantes

10 remerciements
Modérateur
Oui et oui vous pouvez !!! :)

Wilden
Homme de 24 ans
Nantes

10 remerciements
Modérateur
Vous avez encore du temps , n’hésitez pas !

Vesper
Homme de 27 ans
Bruxelles 1210
Y'a une deadline ?

Wilden
Homme de 24 ans
Nantes

10 remerciements
Modérateur
Pas encore, pour laisser aux gens le temps de trouver une idée

Gaeyeregard
Homme de 24 ans
Paris

11 remerciements
Modérateur
Vu qu'il n'y a pas foule je vais proposer quelque chose d'original que j'ai commencé aujourd'hui.

Rhada
Non binaire de 27 ans
Tours
Juste une question : où envoie-t-on nos écrits ? On ne peut pas les poster ici, ils vont sûrement être trop longs pour le forum

Imsocoollike
Homme de 25 ans
Paris

1 remerciement
Si, habituellement, les participants les postent ici.

Rhada
Non binaire de 27 ans
Tours
C'est juste que 10 000 mots, ça fait environ 20 pages de traitement de avec une écriture standard (Times New Roman, taille 12 et avec un interligne de 1,5). Si on poste ça ici, le risque c'est de faire des pages de forum interminables

Wilden
Homme de 24 ans
Nantes

10 remerciements
Modérateur
C'est 10000 mots maximum, vous n’êtes pas obligé de les atteindre, oui nous postons ici .

Wilden
Homme de 24 ans
Nantes

10 remerciements
Modérateur
Une date butoir sera bientôt mise en ligne

Wilden
Homme de 24 ans
Nantes

10 remerciements
Modérateur
DATE DE FIN : Dimanche 17 Décembre 2017

Précision : Vous avez l'autorisation de prendre un univers existant ( fictif ou réel) tant que votre personnage est inventé par vous.

Petitefee89
Femme de 22 ans
Saint Brieuc
Voilà mon texte:

Je fume dans ma chambre. La fenêtre est ouverte.
Une légère brise vient caresser mes lèvres. Il fait froid, un peu, juste de quoi rester éveillée encore quelques heures, juste de quoi écrire, épancher mon âme sur ces quelques feuilles. La pièce est à peine éclairée par une lumière douce et tamisée. Il est minuit, et je constate. Je constate que je ne suis que vide et sentiments ; sentiments et vide, Maman. Des montagnes russes je suis. Ça monte, ça descend, si vite que souvent, à peine arrivée en haut, je m’effondre. Je suis un manège. Ça tourne, tourne, tourne dans ma tête. Un instant, je virevolte ; celui d’après je suis au sol. Je suis à fleur de peau, à fleur de vous. Vous tous Maman.
Je suis une assoiffée non apaisée par quelques gorgées Maman. Donne-moi de l'eau, ou bien de la vodka. C’est bien la vodka. Mais ça n’étanche pas la soif ; ça ne me rend que plus sèche. Donne-moi de l’amour, donne m’en, encore. J’en veux, toujours. Toujours plus. Pas assez. Donne-moi de l’existence. Donne-moi de l’être.
Je fume dans ma chambre, et il est minuit passé.
Cela fait bien longtemps que ma vie est rythmée par les insomnies, Maman. Je vis lorsque vous tous, vous dormez Maman; je dors lorsque vous vivez. Mais, est-ce vivre que de ne pas savoir aimer ? Oh ! si tu savais comme je m’effrite à la lumière des étoiles ! Elles brillent pour moi ; elles sont si jolies. J’ai presque l’impression de pouvoir les toucher parfois, alors je vole, je vole, et je m’écrase lamentablement. Je ne me plains pas ; je ne me plains plus. Je vis. Je survis. Je subis. Je suis de ces êtres qui vivent à cent à l’heure, puis freinent, accélèrent, pilent, accélèrent encore, puis foncent dans un mur, et meurent. Je suis un tout ou rien. Je suis un parapluie percé, une éponge abîmée, un grain de sable dans la tempête. Je suis limite.
Ma vie ? Je ne la passe que sur un fil, Maman, un long fil de soie qui tangue, tangue, encore et encore. C’est doux la soie, tu sais. J’aime la sensation sous mes pieds, c’est agréable. Je n’aime pas le voir s’effiler ; ça me fait peur. J’ai besoin d’un filet. Qui veut bien être mon filet ? Il me faudrait un harnais ; on n’est jamais trop prudent. Qui veut bien être mon harnais ? Tu crois que quelqu’un voudra, Maman ?
Je fume dans ma chambre, la fenêtre ouverte.
Borderline ! C’est ce qu’ils ont dit, Maman. Je me replonge dans mes souvenirs. La tête tourne, tourne, tourne. J'avale des bonbons, un par un, de fausses étoiles à moi. Je m’en vais. Nous sommes en juin. La fenêtre est toujours ouverte mais l’ambiance a changé ; l’appartement n’est plus le même : un logement miteux que j’ai rénové. Ça cris. Ça tape à la porte. « Ouvre bordel ! ». Non, je ne veux pas ouvrir. Je vomis, de tout mon saoule. Je m’enfuie loin de vous, de vous tous. Puis, les lumières, les néons. Je suis dans un lit d’une blancheur immaculée ; il est dix-neuf heure, je crois, quand on m’empêche de partir. La tête tourne ; l’estomac se retourne. Le monde tourne au ralenti. J’entends des voix : « tu vas t’en sortir ! ». Non, je ne veux pas m’en sortir ; laissez-moi partir. J’ai déjà fait mes valises, ce serait bête de rater le départ. Moi aussi je veux voler au-dessus des nuages Maman.
Je reviens. Il fait de plus en plus froid, mais on ne va pas risquer quelques tâches jaunes sur le plafond de ma location ! Non-fumeur, avaient-ils dit, Maman. Soit ! Je prends le droit. J’ai le droit. Je fume dans ma chambre avec la fenêtre grande ouverte. Ce n’est pas la tempête dehors, mais dans ma tête ! Je tremble. Je claque des dents. Je grelotte. J’ai besoin d’un plaid. Qui veut bien être mon plaid ? C’est doux un plaid, tu le sais ça Maman ?
Je fume dans ma chambre. Il est minuit et demi.
Une petite lapine fait sa toilette dans un coin de la pièce, Maman. La lumière éclaire mon visage livide, les yeux gonflés de larmes. Des dessins d’enfants décorent les murs : ceux de ma nièce, ta petite fille, Maman. Il y a des photos, des souvenirs figés à jamais, et un poster qui doucement se décroche. Un jour il tombera, Maman. Je tomberai peut-être avec lui. Je suis déjà tombée, Maman. En fait, je suis à genoux. A genoux maman ! Ils sont tout écorchés. Ils me font mal. J’ai du mal à avancer Maman. J’ai mal au ventre. J’ai mal partout Maman. Je ne suis qu’égratignures, blessures, brûlures Maman. Je ne suis que plaies, cicatrices, trous béants. Et puis, parfois, je me sens si vivante, Maman.
C’est étrange d’être moi.
Je m’allume une deuxième cigarette. L’inspiration vient toujours avec une cigarette Maman. C’est la fumée. Je suis comme elle, vaporeuse ! fumée et cendres. Les cendres me parlent. Je me suis tant consumée que j’ai fini comme elles. Je me suis consumée d’amour et maintenant je ne ressens plus rien. C’est ça être réduit à néant, Maman? Je me suis consumée sur le balcon. Le balcon en véritable faux gazon. Vous vous souvenez ? J’ai été incandescente ; j’ai été le feu, un feu brûlant. J’ai été la flamme, celle qui ravive l’espoir. Maintenant, je m’éteins en un souffle.
Borderline. C’est ce qu’ils ont dit, Maman. C’était le lendemain. J’avais eu froid toute la nuit. Ce soir aussi. C’était le lendemain de la fin de ma vie Maman.

Enmacaron
Homme de 19 ans
Paris
J'ai le temps de faire quelque chose en 2 jours ?

Petitefee89
Femme de 22 ans
Saint Brieuc
Mais oui! :)

Skyquiver
Homme de 30 ans
Près de Nice

9 remerciements
Enmacaron > C'est à toi de voir mais tant que la date fatidique n'est pas arrivée, et puisque tu sembles aimer écrire autant te lancer. Si tu as du temps libre, je suis persuadé qu'en deux jours tu peux en faire une.

Avatea
Homme de 27 ans
Paris

18 remerciements
J'ai envie de participer.

Voilà mon texte. Bonne lecture.

Nola a Maiterai


Son visage ? C’est un poème savoureux fait d’alexandrins aux rimes pétillantes. Ses yeux noisette sont comme deux amandes juchées au sommet d’une pâtisserie orientale. Elle a le teint miellé d’un coucher de soleil au bord de la mer et la rigueur martiale d’un ordre dorique. Derrière ses airs juvéniles, tout en elle respire la solennité des grandes reines. Mais la voilà qui paraît derrière la grille ; elle tend négligemment son carnet au surveillant, ses yeux rencontrent les miens. Son regard fond sur moi comme neige au soleil. Elle m’a vue. Deux minces rayons viennent d’ajourer l’épais voile matutinal qui nous séparait. L’œil inquiet, tapi derrière cette claire-voie, je la contemple l’espace d’un battement de paupière. Les vapeurs cristallines des frimas se sont déposées, silencieuses, sur les épaulettes festonnées de son manteau. Ce petit détail, personne ne semble l’avoir remarqué. Pas même Nola. Je n’ose soutenir plus longtemps cette épiphanie ; et je me console en détournant les yeux vers le simulacre souillé de mon idylle qui repose sur une flaque au milieu d’un sol bitumineux.

C’est drôle, elle a les traits graves et souriants tout à la fois. Le front ample et droit, les sourcils arqués et le nez aquilin. Son visage a la sévérité et la rudesse des Crétoises représentées sur les fresques du musée d’Héraklion. Mais elle a aussi ce je-ne-sais-quoi d’enfantin, de rondouillard qui s’épanouit chez elle et s’effeuille aussitôt comme un rameau de cerisier en fleur battu par les vents. À quoi l’attribuer ? Peut-être à la lueur vive et profonde de ses pupilles ? À sa moue espiègle quand elle tente de paraître coquette ?

Lovées dans son bonnet tricoté en grosses mailles de laine écrue dépassent de longues boucles noires comme des copeaux d’ébène échappés d’un rabot. Elles s’agitent, elles rebondissent et s’emmêlent volontiers quand elle remue sa frimousse. Son menton rappelle la pointe duveteuse de certaines pêches. Ses lèvres délicates piquées à vif par la morsure du froid ont l’éclat et la pureté du corail reposant au fond des mers tropicales.

Sa silhouette ? Un air silencieux et mélancolique, impassible comme une statue antique. Elle a la taille élancée même si la plus grande de la classe la dépasse d’une bonne coudée. Je devine aussi l’embonpoint et les formes qu’elle essaie de cacher derrière des épaisseurs de vêtements. Si seulement elle savait comme sa beauté surpasse celle de toutes les filles qui lui font penser le contraire. Ses jambes sont légèrement arquées et lui donnent une démarche trottinante et nonchalante. Elle avance et se balance comme au rythme d’un air polynésien et avance à petits pas vers un banc éclairé par l’éclat jaunâtre d’une lampe à sodium.

Nola s’asseyait souvent sur ce banc-là pour lire jusqu’à la sonnerie. Le froid et les intempéries n’avaient aucune prise sur elle. C’était comme si la jeune collégienne de mes souvenirs vivait dans une phase parallèle à celle de notre réalité. Tout glissait sur elle, elle avait cette aménité qu’ont les moines tibétains ou des « Haere po » dont elle aimait réciter la généalogie. Elle lisait les légendes et les contes innombrables que recelait l’énorme recueil qu’elle emportait tous les matins dans son sac. Les beurettes du collège venaient souvent la taquiner, elle, la Polynésienne perdue au fin fond du neuf trois. La daronne lui arrachait le volume des mains et le lançait à ses copines en travestissant des airs polynésiens qui s’y trouvaient et que Nola chantonnait parfois. « Otui-tui ta ou mafatou… Je vis dans l’eau, et les poissons sont mes amis. » Et elles pouffaient de rire jusqu’à se lasser du recueil qu’elles abandonnaient par terre, souvent près des casiers, leur endroit favori.

Dans mes souvenirs, je la vois encore assise, pas résignée du tout, juste cette équanimité dans le regard qui ne faisait qu’exciter davantage la haine que nourrissaient ces filles en mal d’amour et de reconnaissance. Peut-être cherchait-elle également à comprendre pourquoi ? Elle avait ce tic charmant lorsqu’elle lisait ; celui de presser entre le pouce et l’index le lobe droit de son oreille. Son bouquin reposait sur ses genoux et elle le maintenait ouvert de la main gauche. Ce rituel me rassérénait aussi. Je me levais exprès plus tôt le matin pour ne pas le manquer. Le monde pouvait s’écrouler, si je la voyais assise sur son banc le matin, j’étais heureux.

Cette Nola de mon collège et de mon adolescence, j’aimerais tant la revoir et lui donner ce texte. Ce texte pusillanime que je n’ai pas su lui écrire plus tôt. Qu’elle sache qu’au moins une personne dans ce collège sinistré était avec elle.

J’aurais fait taire les pouffiasses qui te malmenaient pour te la chanter, cette chanson que tu aimais tant. Déclamé chaque mot en reo ma’ohi comme autant de gifles et de coups destinés à te venger. Je les avais appris. Oui, et avec eux l’âme des Aito, de Tupaia et de Maui. J’aurais vengé la mémoire de tes ancêtres salis par tout le sang et l’encre qu’avait fait couler Cook et bien d’autres après lui. Et je restais là, à les regarder t’acculer près des casiers. Tu me remplissais du soleil auquel on t’avait arrachée et je n’avais que le silence, l’étreinte glacée de ma sollicitude muette à t’apporter. Et toi tu ne disais rien, tu me regardais, l’air mystérieux.

Puis ce jour-là, c’est toi qui es venue vers moi. Tu cherchais une place pour composer. Tu étais en retard, personne ne voulait partager sa table avec une étrangère. Je n’avais pas vu la pâleur sur tes joues d’ordinaire incarnadines. Je t’idéalisais au point de ne te percevoir qu’à travers ce filtre. Celui de mes sentiments pour toi. Tu me souriais et mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine. Tu t’es assise en silence et je n’ai rien dit. Tes affaires sorties, tu as commencé à écrire. Parfaites et proportionnées, tes lettres parlaient pour toi. Nola a Maiterai, fille du vénérable Maiterai a Haumani, fils du débonnaire Haumani a Tetuanui, fils du valeureux Tetuanui a Atamoe, fils du sage Atamoe a Taahitini, fils du fougueux Taahitini a Taihatu et contemporain de l’amiral Louis Adolphe Bonard venu comme tant d’autres popa’a civiliser les sauvages d’Otaïti. J’ai cherché d’où tu venais, il ne me restait plus que ça à faire ; j’espère que tu ne m’en veux pas. Héritière de ce passé colonial, tu écrivais les mots qu’on attendait de toi sur ta copie. François Ier. Henri II. Charles IX. Quel sens pouvait avoir tous ces noms à tes yeux ?

Tes yeux étaient malades. Tu n’as rien vu venir. Tu as posé ton crayon et tu t’es arrêtée. Tu t’es levée en te cramponnant aux parois de cette salle miteuse et tu as trébuché sur un sac. Une gamine l’avait déplacé exprès pour que tu tombes. Tu as murmuré quelque chose au professeur qui t’a prise par la main pour te conduire jusqu’aux toilettes. Tu as dû les frotter longtemps, tes yeux, pour voir la peur t’envahir peu à peu.

Si seulement j’avais su.

Deux semaines plus tard, je revoyais ton visage souriant au détour d’une page de journal que feuilletait mon père, assis confortablement dans la cuisine pour le déjeuner dominical que lui préparait ma soumise de mère. Ton visage pendouillait sur le rebord de la table et me regardait comme ce jour où tout aurait pu commencer entre nous. Tes parents n’avaient pas eu les moyens de t’offrir davantage que l’espace de cette vignette dans les colonnes d’un journal quelconque. Ta tombe était décorée de fleurs artificielles et je n’avais rien à te donner une fois encore parce j’avais couru sans réfléchir jusqu’au cimetière pour te voir. Te voir dans l’espoir qu’il s’agirait d’une méprise, dans l’espoir de te revoir assise le lundi sur ton banc à lire les paroles roboratives de Teuira Henry. Ces mots qui te rappelaient ton Fenua auquel on t’avait arrachée.

Toi et moi contre les daronnes, toi et moi les deux amies de cœur contre la mocheté du monde dans lequel on nous avait abandonnées.

Mcdonnelliss
Homme de 25 ans
Paris
Tom.
Je suis parti.
C’est difficile à expliquer. Je ne peux pas rester. Je ne pars pas pour retrouver quelqu’un d’autre. Je pars pour être seul à nouveau. Pour bouger et découvrir.
J’ai passé avec toi des moments formidables. Ces trois années ont été bien remplies, et j’espère garder un maximum de souvenirs. J’ai emmené la plupart des photos que j’avais prises. Le mur de notre chambre semble un peu vide désormais, désolé. Ça risque de te faire bizarre, mais j’ai besoin de ces photos. Pour ne pas oublier. Si tu les veux, elles sont dans mon disque dur, dans mon bureau.
D’ailleurs, dans le tiroir, tu trouveras une enveloppe avec du liquide. C’est tout ce que j’ai. J’emporte avec moi ce dont j’ai besoin pour les premiers mois. Tout le reste est pour toi. J’ai clôturé mes comptes et mes livrets, résilié mes abonnements, supprimé mon numéro de téléphone. Cela fait plusieurs semaines que je vis sur mes réserves d’argent liquide, pour m’assurer que je n’avais plus aucun versement ou prélèvement automatique. C’est bon, j’ai tout supprimé, je peux partir tranquille.
J’ai donné à manger au chat. Suffisamment pour qu’il tienne jusqu’à ton retour. Je sais que tu prendras bien soin de lui. Tu l’as tellement voulu. Et si tu ne peux plus, les enfants de la voisine seront ravis de s’en occuper. Je l’ai croisée avant de partir, et je lui ai donné les clefs, pour qu’elle s’occupe du chat si tu ne rentrais pas tout de suite.
Dans l’enveloppe avec le liquide, tu trouveras une liste de mes identifiants et de mes mots de passe pour mes réseaux sociaux. Fais-en ce que tu veux. Tous mes contacts, je les ai rencontrés ces trois dernières années. Ce sont des amis communs. Explique-leur que je suis parti. Dis-leur que je suis mort. Pourris-moi. Ne dis rien et supprime les comptes. Libre à toi. Tu seras tenté de lire mes conversations avec l’espoir de savoir où je pars. Tu ne trouveras pas. Tu peux, mais c’est une perte de temps. Tu vas rester coincé dans le passé. Dis-toi bien que je n’aurais pas laissé de trace de mon projet.
J’ai tellement de choses à te dire.
Je vais commencer par le début de notre histoire.
Il y a 3 ans, quand on s’est rencontré en boîte, ça ne faisait que 3 mois que j’habitais à Londres. J’étais venu seul, sans rien, sans amis, sans famille, sans travail. Quand on s’est vu la première fois, je travaillais déjà les soirs de semaine comme serveur dans un restaurant italien. Tu avais été surpris que je parle si bien italien et il m’avait suffi de te dire que j’avais toujours été passionné par l’apprentissage des langues. Ce qui est vrai, au fond. Mais je ne t’avais pas dit que j’avais vécu en Italie. Pendant 2 ans, j’ai habité près de Milan, en banlieue. Et j’avais un copain là-bas aussi. Enzo.
Comme toi, je l’ai quitté sans le prévenir. Comme pour toi, j’avais eu une autre histoire encore avant. Hiroki, à Tokyo. Pendant 4 ans.
Tu es ma troisième histoire d’amour. Je m’excuse si cela te surprend ou te déçois. Mais tu n’es pas le seul, désolé. Je les ai aimés tout autant que toi. Différemment peut-être. Pour d’autres raisons. Mais je les ai aimés. Et cela ne signifie pas que j’ai t’ai moins aimé que ce que tu pensais, loin de là.
Je n’ai gardé aucun contact avec eux. Il m’arrivait parfois de les surveiller sur internet. L’an passé, Enzo était toujours célibataire, je crois qu’il ne s’est pas remis. Hiroki s’est marié. Avec une femme.
Ne cherche pas à avoir des nouvelles de moi. Tu n’en auras pas. Ne cherche pas non plus à m’en donner. Si j’en veux, j’essaierai de te trouver. Si je n’y arrive pas, tant pis.
Autre chose sur laquelle je n’ai pas été franc. J’ai une famille. En France, où j’ai grandi, j’ai une mère et deux frères. Je ne les ai pas revus depuis que j’ai quitté ma vie en France pour partir au Japon. C’est la troisième fois que je quitte mon amoureux. Mais c’est la quatrième fois que je quitte ma vie pour recommencer à zéro.
J’ai grandi et vécu en France jusqu’à l’âge de 25 ans. Puis, après avoir réfléchi pendant de longs mois, je suis parti sur un coup de tête. J’ai tout quitté, sans prévenir personne. J’ai effacé toutes les traces qu’il m’était possible d’effacer et je suis parti. Je voulais partir loin alors je suis allé au Japon. Je parlais déjà la langue, mais je n’avais jamais vécu là-bas. J’ai mis du temps avant d’obtenir un visa de travail. Et c’est au travail que j’ai rencontré Hiroki. J’enseignais le français dans une université. Il enseignait l’histoire du Japon. Puis, au bout de 4 ans, je suis parti à Rome. Quelques jours seulement, puis à Milan. J’ai passé 2 ans avec Enzo. Avant de tout plaquer et de venir à Londres.
Lors de cette transition, j’ai failli tout faire tomber à l’eau. En faisant une escale à Paris, j’ai aperçu un de mes cousins à l’aéroport. Il ne m’a pas vu. Cela faisait 6 ans que je ne l’avais pas vu. Je ne suis même pas certain que c’était lui. Mais cela m’a fait bizarre. Je me suis imaginé les pires scénarii possibles. Qu’il me reconnaisse. Qu’il m’aborde. Qu’il en parle à ma mère. Etc.
Ce besoin de changer de vie est impossible à expliquer. Je n’ai jamais trouvé quelqu’un qui le comprenne. Pourtant, je ne dois pas être le seul.
C’est comme si je passais ma vie à grimper à une échelle. Et au bout de plusieurs années, je me rends compte qu’elle est adossée au mauvais mur. Alors, dans ce cas, il y a plusieurs solutions. Soit on s’en accommode, et on continue de monter, parce que d’autres personnes sont en train de grimper avec moi. Mes amis, mes collègues, mes amants. Soit on redescend tout seul. Et je choisi toujours de redescendre. Les plus courageux sautent directement pour aller plus vite. Ils prennent un billet d’avion et s’enfuit. Je ne peux pas. Je préfère redescendre doucement les marches, pendant quelques semaines, et sauter quand je serai prêt du sol. Quand mes démarches administratives auront été réglées, quand les traces que j’avais laissées auront été effacées, quand je serai prêt à te dire adieu.
Et ce moment est arrivé. Je te remercie pour ces trois années. Je me suis trompé de vie, je recommence. Ailleurs, loin. Sans personne. Je t’aime. Sois heureux. Adieu.

Wilden
Homme de 24 ans
Nantes

10 remerciements
Modérateur
Aux vues des participations du weekend, je laisse encore une semaine pour poster les textes.


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